Mali: la junte annonce la dissolution des partis et organisations politiques

Kinshasa, 13 mai 2025 (ACP).- Le ministre malien chargé des Réformes politiques Mamani Nassiré a annoncé mardi la dissolution des partis et organisations à caractère politiques, après la manifestation du 3 mai à Bamako ayant réuni plusieurs centaines de personnes pour dénoncer cette éventualité, ont rapporté les médias internationaux.

« Les partis politiques et les organisations à caractère politique sont dissous sur toute l’étendue du territoire national », a déclaré Mamani Nassiré, ministre chargé des Réformes politiques.

« Le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, a assigné une mission précise, poursuivre les réformes afin de donner satisfaction au peuple malien sur la base d’un certain nombre de recommandations formulées lors des assises nationales de la refondation de décembre 2021 », a-t-il ajouté.

Selon les mêmes sources, cette décision est la dernière d’une série de restrictions aux libertés prises par les militaires, au pouvoir depuis deux coups d’Etat en 2020 puis 2021, pour consolider leur régime. La junte a également abrogé la Charte des partis, qui fixait, notamment leur cadre moral, juridique et encadrait leurs fonctionnement, formation, création et financement.

Il existe à ce jour environ 300 partis politiques recensés au Mali. Le projet de loi d’abrogation de cette charte a été adopté lundi par l’organe législatif créé par la junte, le Conseil national de transition (CNT) dont elle a nommé les membres. Elles ont aussi plus tôt dans la journée, suspendu « jusqu’à nouvel ordre » la chaîne de télévision française TV5 Monde, lui reprochant un manque d’impartialité dans un reportage sur une manifestation de l’opposition.

« Souveraineté »

L’objectif est de « gérer la vie politique de façon sereine et en harmonie avec notre option de souveraineté », a-t-il ajouté. Fin avril, une concertation nationale organisée par la junte, dans la suite des assises nationales de 2021, avait préconisé la dissolution des partis et le durcissement de leur création.

Cette rencontre marquée par la présence des soutiens du régime mais boycottée par la plupart des formations politiques avait également proposé la proclamation sans élection cette année du général Assimi Goïta comme Président pour un mandat de cinq ans renouvelable.

Le multipartisme, ainsi que les libertés d’expression et d’association, ont été consacrés au Mali par la Constitution de 1992, année de la démocratisation.

La semaine dernière, la junte a suspendu les activités des partis politiques et des associations, invoquant une « raison d’ordre public ». Une nouvelle coalition d’une centaine de partis s’est récemment formée au Mali pour « exiger la fin effective de la transition politico-militaire au plus tard le 31 décembre 2025 » et appeler « à la mise en place d’un calendrier de retour rapide à l’ordre constitutionnel ».

Elle a aussi « catégoriquement » rejeté la décision de la junte de suspendre les activités des partis politiques et des associations. Les militaires au pouvoir ont manqué à leur engagement de céder la place à des civils élus en mars 2024.

L’opposition dans le pays a déjà été visée par des mises en cause judiciaires, des dissolutions d’organisations, ainsi que par la pression du discours dominant sur la nécessité de faire corps autour de la junte dans un pays confronté depuis 2012 au jihadisme et à une grave crise économique.

Le Mali, comme ses voisins du Niger et du Burkina Faso, sont dirigés par des juntes militaires arrivées au pouvoir entre 2020 et 2023, qui se sont associées au sein d’une Alliance des Etats du Sahel (AES). Des organisations de défense des droits humains accusent les trois régimes de réprimer les voix dissidentes au nom de la guerre contre les jihadistes. ACP/

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