Emmanuel Macron nomme un envoyé spécial en Afrique

Kinshasa, 6 février 2024(ACP).- Emmanuel Macron a nommé Jean-Marie Bockel « envoyé spécial » sur le continent africain, a appris mardi l’ACP de source officielle française.

« L’ex-ministre français Jean-Marie Bockel, qui avait dénoncé la Françafrique, a été nommé « envoyé personnel » d’Emmanuel Macron en Afrique à l’heure où Paris prévoit de réduire fortement sa présence militaire sur le continent », a précisé la source.

Selon la même source, Emmanuel Macron a confié à l’ancien secrétaire d’État à la Coopération du président Nicolas Sarkozy (2007) le soin d' »expliquer » aux pays partenaires accueillant des bases françaises (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon et Tchad) les raisons et les modalités de ces adaptations prochaines du dispositif diplomatico-militaire français, tout en étant à l’écoute de leurs besoins en matière de formation, de coopération et d’équipement.

Jean-Marie Bockel devra rendre à l’Élysée ses recommandations en juillet.

L’ex-ministre Jean-Marie Bockel avait dû quitter son portefeuille en mars 2008 pour avoir critiqué la Françafrique, ce système de corruption, de cooptation politique et de chasses gardées commerciales entre Paris et ses anciennes colonies africaines. Ancien sénateur, il a perdu son fils Pierre, officié dans l’armée française, dans la collision de deux hélicoptères au Mali en décembre 2019.

Après une série de coups d’État au Mali (2020, 2021), au Burkina Faso (2022) puis au Niger (2023), les juntes militaires parvenues au pouvoir dans ces pays ont poussé dehors l’armée française, marquant la fin d’une ère, après une décennie d’intervention antijihadiste dans une région où la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader.

Dans  son discours de Ouagadougou en 2017, le président français avait évoqué un changement de cap pour la France en Afrique, avant d’annoncer en février 2023 une profonde transformation des rapports avec le continent, dans le but de mettre fin aux relations perçues localement comme asymétriques et paternalistes.

De nouveaux acteurs comme la Russie

L’objectif est de discuter au cas par cas, avec nos partenaires, en fonction de ce que l’on veut y faire et comment on veut le faire, la stratégie de la France est de garder des accès à des infrastructures, comme les ports, et d’avoir des points logistiques d’où il serait possible de se déployer en cas de demande de partenaires, en échange de formations.

La France compte actuellement un millier de militaires au Tchad, qui accueille le commandement des Forces françaises au Sahel. Mais cette mission disparaît de fait avec le départ des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Il ne reste que la coopération bilatérale avec N’Djamena.

La France est sous pression dans la région

« La France est sous pression dans la région, et dans un contexte de retrait et de désengagement français, le Tchad doit se préparer à toute éventualité, au scénario où la France déciderait de quitter le Tchad », a estimé Wolfram Lacher, chercheur à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité.

Au Sénégal, un des pays jusqu’ici parmi les plus stables de la région, la présidentielle vient d’être repoussée au 15 décembre dans la plus grande confusion, ce qui rendra plus délicates les discussions avec la France qui y dispose de 350 militaires.

En Côte d’Ivoire, où la France compte 900 militaires, des élections sont prévues en 2025.

Enfin, au Gabon, où le président Ali Bongo Ondimba a été renversé le 30 août dernier, 400 militaires français délivrent déjà essentiellement des formations dans la sous-région.

ACP/KHM

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