Premier procès pour Aung San Suu Kyi dans la capitale birmane

Kinshasa, 14 juin 2021 (ACP).- Le premier procès d’Aung San Suu Kyi s’ouvre  lundi à Naypyidaw, ont rapporté des agences internationales de presse. Arrêtée par l’armée en février, l’ex-dirigeante de Birmanie est accusée d’avoir violé les règles sanitaires lors de la campagne législative et d’avoir utilisé des équipements de communication sans licence.

 Interpellée au matin du 1er février et assignée depuis à résidence, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 « en bonne santé », selon ses avocats, malgré les semaines passées à l’isolement fait face à des poursuites judiciaires hétéroclites. Elle doit être jugée pour importation illégale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liées au coronavirus et violation d’une loi sur les télécommunications.  « Le tribunal va entendre les témoins de l’accusation. Aung San Suu Kyi ne s’exprimera pas aujourd’hui » (lundi), a précisé l’un de ses avocats, Khin Maung Zaw.

Dans une deuxième procédure, elle comparaîtra à partir de mardi pour sédition aux côtés de l’ex-président de la République Win Myint.

Âgée de 75 ans, elle est aussi inculpée pour avoir violé une loi sur les secrets d’État datant de l’époque coloniale, mais aussi pour corruption, accusée d’avoir perçu plus d’un demi-million de dollars et une dizaine de kilos d’or de pots-de-vin.

Aucune date de procès n’a été avancée à ce stade pour ces deux charges, les plus lourdes à son encontre.    Aung San Suu Kyi encourt de longues années de prison si elle est reconnue coupable. Le chef de la junte « Min Aung Hlaing est déterminé à l’enfermer pour le reste de sa vie », a déploré Debbie Stothard, coordinatrice du réseau Alternative ASEAN avant d’ajouter qu’on va assister à une procédure spectacle uniquement motivée par des raisons politiques ».  L’ex-dirigeante a été autorisée à rencontrer à deux reprises seulement l’équipe juridique chargée de la défendre.

 Chaque réunion n’a pas pu dépasser une trentaine de minutes. « On se prépare au pire », a commenté Khin Maung Zaw, qui dénonce des accusations « absurdes » montées de toute pièce dans le but de « la tenir à l’écart de la scène (politique) du pays et de salir son image ».  Pour justifier son passage en force, l’armée a allégué des fraudes « énormes » aux législatives de novembre 2020, remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi.

  Par ailleurs, les généraux birmans menacent de dissoudre cette formation et ont indiqué vouloir organiser de nouvelles élections dans les deux ans. Manifestations quasi-quotidiennes, économie paralysée par des grèves massives, recrudescence des affrontements entre armée et factions ethniques rebelles : la Birmanie est en ébullition depuis le putsch qui a mis fin à une parenthèse démocratique de dix ans.

 Le mouvement de contestation est réprimé dans le sang par les forces de sécurité qui ont tué ces derniers mois plus de 860 civils, dont des femmes et des enfants, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).   Près de 5000 personnes ont été placées en détention, des ONG dénonçant des cas d’exécutions extra-judiciaires, de tortures ou de violences envers les femmes.

 La responsable des droits humains aux Nations unies, Michelle Bachelet, a déploré vendredi l’intensification des violences, ajoutant que la junte était « entièrement responsable de cette crise ».  Aung San Suu Kyi a déjà passé plus de 15 ans en résidence surveillée sous les précédentes dictatures militaires, avant d’être libérée en 2010 et de prendre cinq ans plus tard la tête du pays. ACP/Fng/CKM

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