Trois questions à Jean-Claude Lumisa, secrétaire permanent de la « Fédération des radios de proximité du Congo »

Kinshasa, 27 février 2024 (ACP).- 650 radios communautaires opérant en République démocratique du Congo  constituent un véritable collectif d’alliés du gouvernement dans la lutte contre les discours discriminatoires et de haine, le rejet des personnes vulnérables, surtout en milieux reculés,  a indiqué mardi dans un entretien, le Rév. Jean-Claude Lumisa, secrétaire permanent  de la Fédération des radios de proximité du Congo (FRPC).

En marge de la Table ronde sur l’accès à l’Information des personnes vulnérables tenue à Kinshasa, le Rév. Lumisa a estimé que ce rôle d’alliés du gouvernement  doit se consolider davantage avec ces radios communautaires.

Il a opté pour la stratégie de création des programmes d’émissions qui approchent les personnes vulnérables et qui les incitent aux débats publics sur des questions liées à leurs réalités.

Question 1 : Le gouvernement, via son porte-parole, a affirmé que les radios communautaires sont ses alliés dans le combat contre les discours haineux. Quel rôle joue la FRPC pour maintenir cette collaboration ?

Rév. Jean-Claude Lumisa : Oui, c’est vrai. Quand le ministre de la Communication et médias parle des radios communautaires comme alliés dans la lutte contre la haine, mais aussi la discrimination et le discours tribal, il a véritablement raison, parce que vous n’êtes pas sans savoir que ce sont ces médias qui se trouvent être des instruments de relais de communication dans plusieurs communautés locales en République démocratique du Congo. 650 radios implantées dans les villages, territoires et chefs-lieux des provinces, sont au quotidien des instruments de cohésion sociale. Elles participent dans les efforts étatiques pour régler les conflits entre les clans, les tribus au sein d’une même population. Et donc, notre rôle en tant que FRPC, est de les sensibiliser à insérer dans leurs grilles de programmes, des thématiques ou des sujets qui encouragent les débats participatifs.

Donc, la radio communautaire,  de ce fait-là et par rapport à un rôle sociologique, est capable de participer à la cohésion sociale,  au moyen d’un contenu  ou programme d’émission qui puisse contrecarrer le discours tribal  de haine.

Question 2 : Les médias ont été aussi appelés à créer un contenu qui accroche les PVH et les peuples autochtones (PA), notamment. Que pensez-vous de  cet appel?

Rév. Jean-Claude Lumisa : Oui, l’appel à créer un contenu qui accroche les PVH ou les PA est valable. Mais il y a beaucoup d’autres, la liste n’est pas exhaustive, à l’instar des personnes atteintes d’albinisme, les femmes enceintes, les vieillards, les personnes déplacées, notamment dans les territoires de Kwamouth ou les provinces de l’est de la République. Au fait, cet appel est un appel de biais. 

C’est véritablement une stratégie qui permet à chaque radio d’assumer pleinement son rôle dans la communauté. Et elle ne pourra attirer ou devenir radio communautaire que si elle est capable de donner la parole à ceux que la société a exclus. Vous savez, lorsque vous êtes une personne vivant avec handicap, il y a un cliché qui vous est collé.

Mais à travers des programmes radiophoniques,  avec des contenus qui vulgarisent des notions telles que le respect de l’autre,  comme l’autre soi-même, un programme qui donne aux vulnérables le moyen de partager de leur vie, de leurs réalités, la radio peut  tenir compte effectivement de ces réalités sectorielles des populations qu’elle est appelée à informer, pour en faire des « contenus participatifs ». D’ailleurs,  nous avons pensé, nous FRPC, convoquer une assemblée générale au cours de laquelle nous allons inculquer cette ligne éditoriale qui accorde la voix aux personnes vulnérables.

Question 3 : Vous encouragez les radios à initier des activités génératrices de revenu (AGR) pour survivre. Ces activités sont-elles rassurantes?

Rév. Jean-Claude Lumisa : Lorsque nous parlons des AGR comme moyen d’autofinancement, c’est justement pour permettre à ces structures qui, généralement ne génèrent pas suffisamment de recettes, d’être viables. Elles sont limitées malheureusement à de petites sources de revenu, qui ne sont pas souvent suffisantes, et aussi à des programmes de sensibilisation payés par des partenaires, par exemple.

Vu que ces soutiens ne sont pas pérennes, et pour éviter que la radio disparaisse faute de moyens, et surtout en province où les exigences logistiques sont énormes (achat de panneaux et convertisseurs pour l’énergie solaire, maintenance ou renouvellement du matériel), il est important d’avoir de petites activités. Il y a des radios qui ont initié des travaux champêtres, donc l’agriculture (…).  Et les recettes issues de la récolte peuvent amener la radio vers un autofinancement. Ça peut aussi être l’élevage,  une bureautique, ou encore des taxi-motos que nous avons vus comme AGR d’une radio de proximité au Bas-Uélé. C’est même une nécessité de s’y lancer, parce qu’il ne faut pas compter sur le soutien des partenaires ou des cotisations des membres, du reste faibles. ACP/

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