Kinshasa, 13 avril 2026 (ACP).- Des obstacles structurels continuent de freiner l’accès des femmes et des filles à la justice en République démocratique du Congo (RDC), a relevé, lundi, une experte d’une institution des droits humains, lors d’un entretien à Kinshasa avec l’ACP, après sa participation à un sommet aux Etats-Unis d’Amérique.
« A l’occasion de la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme (CSW70), tenue à New-York, aux USA, du 9 au 19 mars 2026, nous avons relevé que malgré des engagements internationaux forts, des obstacles structurels continuent de freiner l’accès des femmes et des filles à la justice en RDC, notamment en raison de la coexistence de normes divergentes, de la stigmatisation et de l’insécurité juridique », a expliqué Me Florence Ngema, experte à la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH-RDC).
C’était une occasion, a-t-elle insisté, pour faire un plaidoyer depuis le pays de l’Oncle Sam, au nom de la CNDH-RDC, afin de permettre l’accès des femmes et des filles à la justice en RDC.
Selon cette source, la participation de la CNDH-RDC, à ce grand forum mondial dédiée à l’égalité de genre, a permis de mettre en lumière la réalité vécue au quotidien par les femmes congolaises, en particulier dans les zones de conflit.
« Les violences basées sur le genre, les inégalités d’accès aux services judiciaires et les barrières socioéconomiques demeurent des défis majeurs », a soutenu Me Ngema, relevant également les préoccupations exprimées par les autorités congolaises lors des travaux.
Par ailleurs, les échanges ont révélé une préoccupation globale quant à la lenteur de mise en œuvre des engagements internationaux.

Une plénière lors de la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme (CSW70) à New-York
« La question n’est plus de savoir si les droits des femmes sont pertinents, mais pourquoi les progrès restent insuffisants ? », s’est-elle préoccupée, avant de procéder à la synthèse des interventions marquantes de cette session.
Elle a fait savoir que dans le contexte actuel, la justice apparaît comme un levier central pour corriger les inégalités persistantes.
L’experte de la CNDH a indiqué, en outre, que la participation de son institution à cette session a permis de mettre en avant la nécessité d’adapter les systèmes judiciaires aux réalités des femmes.
« Il est impératif de lever les barrières juridiques et institutionnelles afin de renforcer la redevabilité et garantir une justice sensible au genre », a-t-elle précisé, citant le rapport de grand forum, tout en insistant sur l’importance d’un accompagnement adéquat des survivantes de violences.
Fortes recommandations
Me Florence Ngema a abordé, par ailleurs, de nombreuses recommandations, qualifiées de fortes, formulées pendant les travaux de New-York.
Les États doivent réformer leurs systèmes judiciaires, renforcer la lutte contre les violences basées sur le genre et garantir les droits sexuels et reproductifs », a-t-elle indiqué, citant également le rapport des travaux, qui martèle sur l’inclusion des femmes en détention, la mobilisation des ressources et le renforcement du rôle de la société civile.
« Dans un contexte marqué par les conflits et les crises dans le monde en général, en RDC en particulier, la protection des femmes reste une priorité. La justice doit poursuivre les auteurs de violences et protéger efficacement les victimes, notamment en période de conflit », ont recommandé les travaux, selon cette experte.
Et de conclure: « La CSW70 aura permis de réaffirmer un engagement collectif: faire de l’accès à la justice un pilier essentiel de l’égalité de genre, tout en appelant les Etats, dont la RDC, à traduire ces engagements en actions concrètes et durables ». ACP/JF

