Kinshasa: la modernisation de la transformation du manioc, objet d’une formation

Kinshasa, 27 mai 2026 (ACP).- La modernisation de la transformation du manioc en vue de renforcer la souveraineté alimentaire en République démocratique du Congo (RDC) a été mercredi  au centre de la deuxième journée d’une formation destinée aux entrepreneurs et transformateurs du manioc  organisée  à Kinshasa, par une structure non étatique. 

« L’objectif principal de cette formation est de permettre aux entrepreneurs déjà actifs sur le terrain de fabriquer et transformer tous les produits dérivés du manioc dans le respect des normes sanitaires et industrielles en vue de renforcer la sécurité alimentaire en RDC », a déclaré  le professeur  Marie – claire  Yandju, coordonnatrice adjointe de l’Incubateur du Génie Scientifique Congolais (IGSC).

À l’en  croire, cette initiative vise à accompagner les entrepreneurs incubés afin de valoriser les produits issues de la filière manioc, dans un contexte où la RDC demeure l’un des plus grands consommateurs et producteurs de manioc en Afrique.

« La RDC est aujourd’hui le deuxième producteur de manioc en Afrique après le Nigeria. Notre production n’a pas régressé, mais elle n’a pas suffisamment progressé, notamment parce que nous n’avons pas développé une véritable industrie de transformation du manioc », a-t-elle dit

Elle a indiqué que près de 85 % de la population congolaise dépend du manioc comme principale source d’énergie alimentaire, alors que la transformation demeure encore largement artisanale et rudimentaire.

« Même lorsque certaines PME disposent d’équipements, elles continuent d’utiliser des technologies traditionnelles peu hygiéniques qui ne garantissent pas la sécurité sanitaire des aliments selon les normes », a-t-elle déploré.

La première phase de la formation a porté sur les techniques traditionnelles de transformation du manioc ainsi que sur les risques sanitaires liés aux mauvaises pratiques observées dans la filière.

Au cours de cette formation les participants ont été sensibilisés aux normes applicables aux produits dérivés du manioc, notamment la farine panifiable, le foufou, la chikwangue et les autres produits fermentés.

« Nous avons présenté les défauts observés dans les méthodes actuelles de transformation, et chacun a pu reconnaître les pratiques qu’il ne respecte pas ainsi que les pertes engendrées », a-t- elle souligné

Les modules suivants aborderont les bonnes pratiques industrielles, les normes du Codex Alimentarius, les normes ISO de commercialisation ainsi que le système relatif à la gestion de la qualité et de la sécurité alimentaire dans les unités de transformation.

Des technologies pour prolonger la conservation du manioc

Par ailleurs, Les chercheurs impliqués dans cette initiative ont affirmé avoir développé, après plusieurs décennies de recherches, des techniques capables de prolonger significativement la durée de conservation des produits dérivés du manioc.

« Nous avons réussi à conserver le foufou pendant neuf à douze mois, la chikwangue pendant neuf mois, le pondu cuit prêt à consommer pendant deux ans, ainsi que certains aliments périssables pendant plusieurs mois », a fait savoir la responsable de l’IGC.

Selon elle, ces technologies reposent notamment sur des procédés de fermentation, de séchage et de transformation améliorée permettant de garantir la qualité sanitaire des produits.

Les organisateurs ont rappelé que la production nationale de manioc est passée d’environ 18 millions de tonnes en 1998 à près de 47 millions de tonnes aujourd’hui, grâce aux efforts consentis dans le secteur agricole.

Toutefois, ils estiment que cette progression quantitative doit désormais être accompagnée par une transformation industrielle répondant aux standards internationaux.

« Nous voulons démontrer que le Congo peut vivre de sa souveraineté alimentaire. Il est honteux que des produits vivriers que nous produisons localement soient encore importés », a insisté la coordonnatrice adjointe.

À travers cette formation, l’IGC ambitionne de créer une nouvelle génération d’entrepreneurs capables de transformer et commercialiser des produits agricoles conformes aux normes internationales, afin de réduire les maladies liées aux mauvaises pratiques de transformation et d’ouvrir les produits congolais aux marchés extérieurs.

Les responsables de l’IGC ont enfin invité tous les entrepreneurs évoluant dans le secteur agroalimentaire à rejoindre les formations organisées par le Centre de recherche et de transfert des technologies innovées de la Faculté des sciences, afin de bénéficier des connaissances techniques nécessaires à la modernisation de la filière manioc.

ACP/UKB

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