Kinshasa, 26 mars 2026 (ACP).- Laprogression des femmes dans tous les domaines artistiques et la reconnaissance croissante de leur talent dans le secteur culturel de la République démocratique du Congo, ont fait l’objet jeudi d’une matinée culturelle de réflexion au Musée national, dans la commune de Kasa-Vubu, à Kinshasa, a constaté l’ACP.
« Aujourd’hui, les femmes investissent tous les domaines artistiques, y compris ceux autrefois dominés par les hommes, comme la sculpture. Elles démontrent leur compétence, produisent des œuvres de qualité et gagnent le respect dans le milieu artistique », a déclaré Henri Kalama Akulez, directeur général de l’Académie des Beaux-Arts.
Le Professeur Kalama a rappelé que « déjà à l’Académie des Beaux-Arts, créée en 1943, où il n’y avait aucune femme jusqu’aux années 1970, les femmes représentent aujourd’hui environ 45 % des étudiants, ce qui constitue une avancée significative ».
Selon lui, « l’absence passée des femmes n’était pas due à un manque de talent, mais plutôt à des freins culturels et sociaux : mauvaise perception du métier d’artiste, rôle traditionnel assigné aux femmes et exclusion historique liée à une culture dominée par les hommes ».
Il a également souligné que ce phénomène n’est pas propre à la République démocratique du Congo.
« Ce phénomène a aussi existé ailleurs, notamment en Europe, où les œuvres des femmes artistes ont été attribuées à des hommes. Au début de leur intégration, les femmes se dirigeaient vers des disciplines jugées ‘sûres’ ou conformes aux rôles traditionnels, comme la décoration ou la communication visuelle, ce que nous appelons aujourd’hui l’architecture intérieure, évitant des domaines comme la sculpture ou la peinture », a-t-il soutenu.
Henri Kalama Akulez a, par ailleurs, salué les initiatives entreprises par les femmes dans tous les secteurs culturels, notamment à l’Académie des Beaux-Arts, et a insisté sur l’importance de la considération et de l’implication des femmes dans toutes les filières artistiques, notamment la sculpture, la peinture, les arts visuels et le cinéma.
« Les initiatives en faveur des femmes dans les arts insistent sur l’importance de considérer chaque année comme une année de la femme, afin d’éviter que l’engagement ne soit seulement ponctuel », a-t-il conclu.
Par ailleurs, Mme Nelly Mbumba, cheffe de section art moderne à l’Institut des musées nationaux, a expliqué la participation des femmes dans la préservation des œuvres d’art avant et après leur exposition.
« La participation des femmes à la préservation des œuvres d’art n’était pas considérée avant. La société elle-même nous a imposé certaines restrictions. L’œuvre d’art a toujours été mal interprétée dans nos églises, présentée comme un fétiche, ce qui diminue sa valeur », a-t-elle déploré.
Elle a ajouté : « Quand vous parlez de musée ou des objets culturels, vous êtes parfois mal jugé. Cela a limité la fréquentation des musées, car les parents hésitaient à laisser leurs enfants, filles ou fils, visiter ces lieux ».
Cette matinée culturelle a permis aux artistes féminines de prendre conscience de l’évolution et du rôle des femmes dans le secteur artistique, notamment dans la préservation des œuvres d’art, et de sensibiliser le public à l’importance de ces œuvres.
La rencontre avait rassemblé plusieurs femmes artistes issues de la peinture, de la sculpture, du théâtre, de la photographie, du cinéma et d’autres disciplines, qui ont partagé leurs expériences et discuté des difficultés rencontrées dans le milieu culturel, tout en appelant à un engagement plus soutenu en faveur de la visibilité et de la reconnaissance des femmes artistes. ACP/JF

