Kinshasa, 10 août 2025 (ACP).- La pictographie chez les Woyo, peuple de la région s’étendant entre le Kongo Central en République démocratique du Congo et la province angolaise de Cabinda, a été présentée dimanche comme un système de communication sociale via des couvercles sculptés à proverbes, selon un responsable coutumier joint par l’ACP.
« Il s’agit des couvercles de récipients en bois sculpté ornés de motifs symboliques qui étaient utilisés pour exprimer des pensées, des avis ou des reproches, notamment lors de la résolution de différents familiaux », a affirmé Luemba Masala, chef coutumier. « Ces couvercles servaient à illustrer des proverbes et à faciliter la communication au sein de la communauté », a-t-il expliqué.
Chez les Bawoyo, a-t-il souligné, le proverbe est le support privilégié et habituel de la pensée. « Quand les yeux se posent sur une plante, un oiseau ou un animal traversant le sentier, souvent le proverbe jaillit comme instinctivement, tirant de l’incident une leçon morale », a fait savoir le chef Luemba Masala.
Et de renchérir : « Il y a des proverbes pour toutes les circonstances de la vie, communes ou fortuites, et cette habitude est le fruit d’une longue éducation».
Ces couvercles, placés sur des plats contenant de la nourriture, sont bien plus que des objets décoratifs. « Ils servaient de support visuel pour exprimer des idées, des opinions ou des désaccords et concernaient aussi la résolution de conflits, parfois graves, au sein des ménages », a-t-il précisé.
À l’en croire, la sculpture de ces objets en bois est une activité attribuée aux hommes, et les motifs sculptés varient en fonction du contexte et du message à transmettre.
Pour lui, la pictographie « Woyo » demeure une forme d’écriture par petites images permettant de transmettre des informations de manière concise et symbolique.
« Un exemple marquant est le couvercle oblong sur lequel on voit un personnage féminin dont la tête est à moitié engloutie par un énorme serpent, un python, mboma. Le proverbe associé dit : Mboma ya mina muunthu: nsamu to ti kwanga », ce qui signifie : Un python a avalé l’homme, nous attendons seulement la nouvelle», a évoqué le chef coutumier.
Pour lui, les proverbes sont d’éminents révélateurs de la société woyo, « de leurs aspirations, leur sagesse, leur respect de la hiérarchie », a noté le chef coutumier.
Aujourd’hui encore, ces couvercles à proverbes sont « jalousement gardés auprès des chefs coutumiers et dans la cour royale », témoignant de ce riche patrimoine culturel.
L’art traditionnel woyo, loin d’être seulement esthétique, est « un système de communication qui touche à tous les aspects de la vie quotidienne », notamment à travers « les dessins gravés sur les récipients en bois ».
Il sied de noter que le premier royaume de Ngoyo remonte au début du XVe siècle, avec un territoire varié « au-delà de la côte, faite d’une alternance de plages et falaises », et dont la partie nord-est est « envahie par la bordure de la grande forêt du Mayombe », où la mer joue un rôle primordial.
La tribu des Bawoyo est aujourd’hui établie à Muanda, « dont le territoire s’étend de l’Océan à la rivière Mbola », et parle la langue kiwoyo.
ACP/C.L.

