La question de l’écriture de l’histoire africaine mise en lumière par une chercheuse

Kinshasa, 30 mars 2026 (ACP).-La question de l’existence d’une histoire écrite de l’Afrique a été présentée lundi au cours d’un forum en ligne suivi par l’ACP depuis Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), par une chercheuse comme un élément occupant une place centrale dans les débats historiographiques.

« La question de l’existence d’une histoire écrite de l’Afrique a longtemps occupé une place centrale dans les débats historiographiques. Pendant plusieurs siècles, une partie de la tradition intellectuelle européenne a considéré que les sociétés africaines étaient dépourvues d’histoire au sens scientifique du terme, principalement en raison de l’importance accordée à l’oralité dans la transmission des savoirs », a indiqué Natou Pedro Sakombi, chercheuse en histoire contemporaine.

« Cette perception, profondément liée au contexte colonial et aux paradigmes eurocentriques, a contribué à marginaliser l’étude historique du continent. Dès lors, une interrogation s’impose : l’Afrique possède-t-elle réellement une histoire écrite ? Et si tel est le cas, par qui et selon quels cadres méthodologiques cette histoire est-elle produite ? », a-t-elle ajouté.

D’après elle, les premiers récits européens sont la construction d’une vision historique limitée.

« À partir du XVe siècle, les Européens entrèrent progressivement en contact avec les régions côtières de l’Afrique subsaharienne. Ces interactions donnèrent lieu à la production de récits de voyage, de descriptions géographiques et de témoignages commerciaux qui constituent aujourd’hui certaines des sources exploitées par les historiens modernes », a-t-elle souligné.

Et de renchérir : «Ces écrits n’avaient pas pour objectif de produire une histoire de l’Afrique. Ils visaient principalement à décrire les réalités contemporaines du continent dans le cadre d’intérêts commerciaux, missionnaires ou politiques ».

Elle n’a explicité que cette vision en disant que celle-ci s’inscrivait dans un contexte intellectuel européen marqué par une hiérarchisation des civilisations.

 « Les sociétés africaines étaient souvent considérées comme dépourvues d’histoire digne d’étude. Cette conception fut renforcée au XIXe siècle par certaines interprétations de la philosophie de l’histoire de Hegel et par les théories évolutionnistes inspirées de Darwin, qui contribuèrent à justifier l’idée d’une prétendue supériorité civilisationnelle européenne », a-t-elle commenté.

Il convient de signaler qu’au début du XXe siècle, la discipline historique se transforma en Europe en se définissant comme une science fondée sur l’analyse critique de sources écrites. Cette évolution méthodologique contribua à exclure largement l’Afrique du champ de l’histoire scientifique, celle-ci étant perçue comme une civilisation essentiellement orale. C’est dans ce contexte que l’historien A. P. Newton affirma que « l’Afrique n’a pas d’histoire avant l’arrivée des Européens », l’histoire ne commençant, selon lui, qu’avec l’écriture. ACP /JF

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