La valorisation des langues africaines au cœur des enjeux de développement

Kinshasa, 17 octobre 2026 (ACP).- La valorisation des langues, des cultures et de l’histoire millénaire africaines au service du développement du continent est au cœur d’une tribune intitulée ‘‘Langues, sociétés africaines et développement’’, rédigée par un professeur congolais et consultée samedi par l’ACP en République démocratique du Congo (RDC).

«Il n’existe pas, au sens scientifique, de langues intrinsèquement pauvres ou riches. Toutes les langues humaines possèdent une grammaire et permettent à leurs locuteurs d’exprimer des idéescomplexes, même si elles le font avec des structures différentes», a déclaré le professeur Raoul Ekwampok Ka’ndum, linguiste et enseignant à l’Université pédagogique nationale (UPN) de Kinshasa.

Dans cette tribune, l’universitaire remet en question la distinction entre langues riches et langues pauvres, estimant que leur statut dépend davantage de leur histoire, de leurs usages et de leur reconnaissance sociale que d’une quelconque supériorité linguistique.

«Une langue peut sembler riche parce qu’elle possède un vocabulaire très développé dans certains domaines, de nombreuses façons d’exprimer les nuances, les temps, les modes, les relations ou les émotions, ou encore une forte diffusion sociale, politique ou économique», a-t-il expliqué.

À l’inverse, une langue peut paraître moins développée lorsqu’elle est marginalisée, insuffisamment documentée ou peu présente dans les systèmes éducatifs.

Le manque de dictionnaires, de manuels scolaires et d’outils pédagogiques peut alors limiter son utilisation dans l’enseignement et la transmission des connaissances.

Le professeur Ekwampok Ka’ndum estime que le mépris dont font l’objet certaines langues africaines, y compris de la part de leurs propres locuteurs, s’inscrit dans un contexte historique marqué par la domination occidentale.

Il évoque notamment la traite négrière, l’esclavage, la colonisation et la néo colonisation, dont les conséquences culturelles et sociales continueraient d’influencer la perception des langues africaines.

Cette situation appelle, selon lui, à restaurer la confiance des populations dans leurs langues maternelles et à renforcer leur place dans l’éducation, la recherche et la production des connaissances.

Les langues africaines comme vecteurs de connaissances

Pour cet universitaire, les langues africaines disposent des capacités nécessaires pour exprimer des savoirs scientifiques et accompagner l’évolution des sociétés, à condition de bénéficier d’une promotion et d’un travail de documentation adaptés.

«Toute langue valorisée et dont on assure la promotion est un instrument réformable, adaptable à de nouveaux besoins de communication», a-t-il affirmé.

Il estime que les langues peuvent enrichir leur vocabulaire afin d’intégrer de nouveaux concepts, notamment dans les domaines scientifiques et techniques.

Leur développement nécessite ainsi des efforts de documentation, la production d’outils pédagogiques et leur adaptation aux exigences contemporaines.

L’universitaire rappelle également que l’oralité précède historiquement l’écriture et qu’aucune langue n’estdestinée, par nature, à rester exclusivement orale.

Toutes peuvent évoluer et servir à la production, à la conservation et à la transmission des connaissances.

Journalistes et chercheurs appelés à agir

Le professeur Ekwampok Ka’ndum interpelle les professionnels des médias ainsi que les scientifiques et les chercheurs sur leur responsabilité dans la valorisation des langues africaines et l’évolution des mentalités.

«Vous, journalistes, et nous, scientifiques et chercheurs, avons le devoir de dire la vérité et de faire changer les choses. Positivement !», A-t-il souligné, insistant particulièrement sur le rôle des journalistes.

Il considère que les médias peuvent contribuer à cette démarche en accordant une place accrue aux langues africaines dans l’information, la transmission des savoirs et la mise en valeur du patrimoine culturel du continent.

Cet engagement doit, selon lui, s’accompagner d’un travail scientifique visant à documenter les langues, à développer les ressources pédagogiques et à favoriser leur utilisation dans différents domaines de la connaissance.

Le thème «Langues, sociétés africaines et développement» a été développé lors des mélanges offerts au professeur émérite Mayaka Ma Kanda, les 19 et 20 août 2025.

Il constitue également le titre d’un ouvrage collectif publié le 20 août 2026, selon les précisions apportées par le professeur Ekwampok Ka’ndum.

Pour cet universitaire, la promotion des langues africaines doit aller de pair avec celle des cultures et de l’histoire millénaire du continent afin de préserver le patrimoine, de renforcer les identités et de favoriser un développement davantage ancré dans les réalités culturelles africaines.

«Valoriser ou promouvoir les langues, les cultures et l’histoire millénaire africaines pour mieux penser le vrai développement du continent africain», a-t-il résumé.

Le professeur Raoul Ekwampok Ka’ndum enseigne à l’Université pédagogique nationale (UPN) de Kinshasa.

Il défend notamment la valorisation des langues africaines et leur contribution à la transmission des connaissances et au développement culturel en République démocratique du Congo. ACP/Bob Ambongo

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