Kinshasa, 26 septembre 2026 (ACP).- Le Loka des Lokele, rituel de solidarité et de promotion identitaire communautaire et interethnique, a été présenté samedi à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), comme une source de reconnaissance identitaire, selon un chercheur en langues et cultures africaines, lors d’un entretien avec l’ACP.
« Le Loka constitue une pratique rituelle importante dans la vie socioculturelle des Lokele, peuple représenté à Kisangani et Isangi, dans la province de la Tshopo. Il intervient notamment à l’occasion des périodes de deuil et peut être appréhendé comme une institution de solidarité communautaire et interethnique dans son rôle de promotion communautaire et fondée sur de nombreuses vertus culturelles », a affirmé David Kopa wa Kopa, professeur associé à l’Université de Kisangani et chercheur en langues et cultures africaines.
« Lorsqu’un décès survient, les Lokele se mobilisent avec la participation des membres des ethnies apparentées ou considérées comme des ethnies sœurs afin d’apporter leur soutien à la famille endeuillée. Cette solidarité se manifeste sous différentes formes, telles que l’assistance physique, les contributions matérielles et le soutien financier », a-t-il ajouté.
Au cours de cet échange, le Pr Kopa wa Kopa a expliqué que le Loka ne se limite pas à l’expression de la compassion envers la famille éprouvée. Il constitue également un moment de réaffirmation des relations entre les communautés.
À cette occasion, les Lokele expriment leur reconnaissance à l’égard des ethnies sœurs à travers des plaisanteries rituelles et l’échange de présents, principalement constitués de biens traditionnels. En retour, ils bénéficient de l’assistance de ces communautés dans des circonstances similaires.
Il a également souligné que le système d’échanges qui accompagne le Loka repose sur un principe de réciprocité. Toute demande formulée dans le cadre du rituel est, en principe, appelée à être honorée immédiatement. Lorsque la partie concernée n’est pas en mesure de la satisfaire, elle peut prendre symboliquement l’engagement de s’en acquitter ultérieurement.
Une organisation sous l’autorité traditionnelle
L’organisation du Loka est placée sous l’autorité du chef de la communauté et de son conseil. Cette autorité traditionnelle bénéficie d’une reconnaissance particulière et doit être respectée par l’ensemble des membres de la communauté, y compris ceux qui exercent des fonctions relevant du pouvoir politique moderne.
Pour le Pr David Kopa wa Kopa, au-delà de sa dimension rituelle, le Loka constitue une institution sociale favorisant la consolidation de l’unité communautaire, le renforcement des relations interethniques et la transmission des valeurs collectives. Il contribue également à la préservation et à la promotion de l’identité Lokele ainsi qu’à la pérennisation des mécanismes traditionnels de solidarité et de réciprocité.
Le chercheur a, par ailleurs, plaidé pour la mise en place d’une politique de sauvegarde culturelle, estimant que les cultures africaines sont confrontées aux effets de la mondialisation.
« Dans le cas du Loka, qui illustre la fonction sociale de nos pratiques culturelles, il mérite une politique de documentation et de transmission dans le contexte contemporain, d’autant plus que les jeunes d’aujourd’hui sont plus intéressés par ce qui est lié à la mondialisation et aux cultures occidentales et développent une certaine répugnance envers les cultures africaines qui constituent leur identité. Nos enfants nient leurs propres identités », a-t-il fait remarquer.
« Au travers des pratiques culturelles, nous révélons et contribuons à la promotion de nos identités et le Loka, pour la communauté Lokele, constitue une source qui génère le facteur de la promotion et de la reconnaissance identitaire. Au lieu de laisser la jeunesse évoluer dans cette tendance à l’acculturation, il serait bon de monter des stratégies qui vont aider les jeunes à demeurer dans l’esprit de valorisation de nos pratiques culturelles », a conclu le Pr Kopa.
Les Lokele, un peuple riverain du fleuve Congo
Les Lokele occupent principalement les rives du fleuve Congo, dans l’espace compris entre Kisangani, autrefois Stanleyville, et Isangi. À partir de leur territoire d’origine, différents groupes Lokele se sont progressivement dispersés le long du fleuve Congo et de la rivière Lomami.
Sur le plan de l’organisation territoriale, le peuple Lokele est subdivisé en quatre groupes principaux, notamment les Yawenga, les Yaokandja, les Yaboni et les Yawembe. La pêche constitue, avec le commerce, l’une de leurs principales activités économiques traditionnelles.
ACP/ÉrK/BA

