Kinshasa, 16 mars 2026 (ACP).- Le masque « Mwana Pwo » (belle jeune femme) du peuple Chokwe, originaire d’Afrique centrale et présent en République démocratique du Congo, a été perçu lundi, comme un élément de transmission des valeurs et des connaissances aux jeunes générations, selon un critique d’art joint par l’ACP.
« Le masque africain Chokwe appelé Mwana Pwo signifiant « belle jeune femme » est un véritable chef-d’œuvre provenant d’Angola. Dans la tradition Chokwe (ainsi que Lovale et Luena), des danseurs exclusivement masculins portaient des masques féminins tels que celui-ci, accompagnés d’un costume en corde striée, afin de réaliser des mimiques destinées à inculquer aux jeunes femmes du public comment se comporter pour séduire leur futur mari», a indiqué Zogagh Roland, critique d’art.
« Les danseurs agitaient également des hochets dans les mains. Ce masque est le pendant du masque masculin Chi Hongo qu’on reconnaît à son menton en plateau et sa coiffe de plumes large quand elle a pu être conservée », a-t-il epliqué, avant de faire savoir que cette œuvre reste en superbe état de conservation.
« (…) On y observe des scarifications sous les yeux qui sont l’allégorie de la tristesse de la mère qui laisse partir sa famille nouvellement mariée. La bouche est ouverte, laissant apparaître des dents taillées en pointe, ce qui était une mode esthétique en Afrique centrale au début du XXe siècle », a-t-il décortiqué.
Le critique d’art a également précisé que ce masque africain intervenait au cours des cérémonies d’initiation de passage à l’état adulte, la mukanda, marquant entre autres la fin du lien privilégié entre un fils et sa mère.
« Cet exemplaire dépourvu d’accessoires, symbole de la première ancêtre, offre des chéloïdes en damiers formant des bandes sur les joues. La bouche s’ouvre sur des dents limées, critère de beauté féminine chez les Chokwe. Un large bandeau gravé de lignes parallèles délimite le front», a dit M. Roland.
Et de renchérir : « les motifs caractéristiques présents sur le front, et parfois sur les pommettes, font partie des canons esthétiques chokwe mais servaient également de marqueurs publics d’identité ethnique. Le motif frontal cruciforme récurrent comporterait par ailleurs une signification cosmogonique (…). Toujours porté par des initiés de grade supérieur, ces masques féminins étaient souvent affublés de boutons et accessoires d’origine européenne».
Paisiblement installés en Angola oriental jusqu’au XVIème siècle, les Chokwé ont ensuite été soumis à l’empire lunda dont ils ont hérité un nouveau système hiérarchique et la sacralité du pouvoir.
Les masques africains Chokwe pwo, parmi les nombreux masques akishi (sing : mukishi, indiquant la puissance) d’art tribal africain Chokwe, incarnent un idéal de beauté, Mwana Pwo, ou la femme Pwo et apparaissent de nos jours au cours de cérémonies festives.
ACP/ C.L.

