L’érection d’un mausolée dédié à Pierre Moutouari, un acte de sauvegarde du patrimoine musical

Kinshasa, 11 août 2026 (ACP).- Le projet d’érection d’un mausolée à Brazzaville, dédié à feu le chanteur Pierre Moutouari, décédé le 8 octobre 2025, constitue un acte de sauvegarde de la mémoire et du patrimoine musical congolais, selon une analyse consultée mardi par l’ACP à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC).

« Le mausolée dédié au chanteur Pierre Moutouari constitue une initiative inédite dans le paysage culturel congolais, visant à inscrire durablement la mémoire de ce géant de la musique dans le patrimoine national et à transmettre son héritage aux générations futures », a déclaré Carine Kitoko, auteure de l’analyse.

Porté par sa fille, Maryse Michaël Moutouari, ce projet se veut avant tout la matérialisation d’un amour filial et d’une profonde reconnaissance envers celui qui a marqué plusieurs générations par son œuvre musicale. Il traduit également la volonté de transformer la mémoire d’un pionnier de la musique congolaise en un lieu consacré à la transmission de son héritage.

Au-delà de sa dimension familiale, le mausolée revêt une portée patrimoniale et citoyenne, en offrant une perspective de conservation et de valorisation de l’œuvre de l’artiste.

Un projet soutenu par une chaîne de solidarité

Réalisé sur fonds propres, pour un investissement estimé à plus de 50 millions de francs CFA, le projet a suscité une chaîne de solidarité auprès des Congolais vivant au pays et dans la diaspora, qui ont contribué à la collecte destinée à concrétiser cet hommage.

« Cette mobilisation traduit, selon les initiateurs, la place particulière qu’occupe Pierre Moutouari dans la mémoire collective et démontre que son œuvre transcende les générations, en réunissant autour d’elle famille, mélomanes et citoyens attachés au patrimoine musical congolais », a indiqué Mme Kitoko.

Un appel à l’implication de l’État

Compte tenu de la portée nationale que pourrait revêtir ce projet, un appel est lancé aux pouvoirs publics afin qu’ils accompagnent cette initiative privée et citoyenne.

L’analyste Carine Kitoko

« L’implication de l’État permettrait notamment de doter le site des infrastructures scénographiques, architecturales et techniques nécessaires pour en faire un véritable espace culturel de référence et un chef-d’œuvre républicain consacré à la mémoire musicale congolaise », a soutenu Carine Kitoko.

Selon l’analyse, un tel accompagnement institutionnel contribuerait à faire évoluer le projet d’un hommage familial et citoyen vers un symbole national de valorisation du patrimoine culturel, à l’image des grands lieux consacrés à la mémoire des personnalités ayant contribué au rayonnement du pays.

La mémoire contre l’éphémère

Pour les promoteurs du projet, les controverses et agitations liées à l’actualité sont appelées à s’effacer devant la portée historique de l’œuvre de Pierre Moutouari.

Le mausolée apparaît ainsi comme un symbole destiné à inscrire l’artiste dans la mémoire collective, au regard de son parcours et de sa contribution à la musique congolaise.

En inscrivant son nom dans la pierre, l’initiative entend dépasser les débats circonstanciels pour mettre en avant l’empreinte culturelle laissée par un artiste dont la voix et les compositions ont accompagné plusieurs générations à travers le continent.

Un espace de transmission intergénérationnelle

Loin d’être conçu comme une simple sépulture, le mausolée est présenté comme un futur pôle culturel consacré à la conservation, à la recherche et à la transmission du patrimoine musical.

Le projet prévoit notamment la création d’un espace muséal et d’archives destiné à rassembler les instruments, costumes de scène, distinctions officielles et discographie de Pierre Moutouari, avec une importante composante consacrée à la numérisation.

Un centre de ressources et d’écoute devrait également permettre aux chercheurs, musicologues, étudiants et passionnés d’accéder à des documents et témoignages relatifs à l’histoire de la musique congolaise.

Le site ambitionne, en outre, d’accueillir un pôle d’apprentissage et de création destiné notamment aux jeunes artistes, à travers des ateliers et des activités de transmission des rythmes, techniques et savoir-faire liés à la rumba congolaise.

ACP/K

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