Kinshasa, 04 juin 2026 (ACP). – Les professionnels de la musique dite moderne en République démocratique du Congo (RDC) ont été exhortés à s’inspirer et à revisiter la musique traditionnelle congolaise, afin de valoriser le patrimoine culturel matériel et immatériel du pays, a appris jeudi l’ACP dans un entretien.
« Je lance un appel aux musiciens modernes pour qu’ils s’inspirent de nos musiques traditionnelles », a affirmé André Lokwa, chef de section musicologie et ethnomusicologue au Musée national de la RDC.
« Je lance cet appel parce qu’il existe une grande richesse : plus de 450 tribus en RDC disposent de musiques spécifiques jouées dans chaque circonstance de la vie », a-t-il souligné. Pour lui, la vie de l’homme africain en général, et congolais en particulier, est ponctuée de plusieurs moments, de la naissance à la mort, qui sont accompagnés par la musique et les traditions orales. Celles-ci, a expliqué M. Lokwa, renferment la sagesse, l’instruction, la guérison, le divertissement, l’éducation, la prédication, l’enseignement, l’information et la communication.
« Elles sont transmises de génération en génération par la parole, et cette diversité est étroitement liée à la musique et aux instruments », a-t-il dit. « Nos musiciens congolais doivent intégrer nos instruments de musique traditionnelle dans leur répertoire moderne, comme on le voit dans d’autres pays, notamment en Afrique de l’Ouest », a rajouté le musicologue, avant d’insister également sur le rôle des musées et des ethnomusicologues dans la sensibilisation de la population en fournissant des informations sur les patrimoines culturel matériel et immatériel, sur les musiques traditionnelles, les traditions orales, les contes et les proverbes.
M. Lokwa a aussi fait savoir que les instruments traditionnels accompagnent les musiques et les danses, et qu’ils remplissent des fonctions variées. « Certains instruments servent d’accompagnement musical ou de divertissement ; d’autres jouent un rôle de communication, comme le tam-tam. Dans le cadre des traditions orales, des instruments spécifiques sont utilisés selon le contexte, par exemple la cloche employée par un guerrier pour produire des signaux sonores.
Cette richesse mérite d’être conservée et protégée afin que les générations futures en bénéficient également », a-t-il poursuivi. L’ethnomusicologue a, par ailleurs, recommandé aux musiciens congolais de déposer leurs œuvres au musée, considéré comme une banque culturelle où le patrimoine matériel et immatériel est mieux conservé.
Il a invité aussi les fabricants d’instruments traditionnels et les détenteurs de savoirs (fabrication d’instruments, masques) à conserver des supports audio pour transmettre ce savoir aux générations futures.
En ce qui concerne le rôle de l’Institut des musées nationaux de la RDC (IMNC) dans la numérisation des traditions orales recueillies, notamment celles conservées sur bandes magnétiques susceptibles de se détériorer avec le temps, le conservateur patrimonial a plaidé pour un soutien de l’État. « Un plaidoyer au niveau de l’État favorisera un soutien aux fabricants d’instruments de musique traditionnelle qui accompagnent les traditions orales, pour que ces traditions ne disparaissent pas », a-t-il insisté. M. Lokwa est, en parallèle de ses fonctions d’ethnomusicologue, fabricant d’instruments de musique traditionnelle. ACP/

