Kinshasa, 24 septembre 2026 (ACP). – L’Hindoubill, un créole kinois né vers les années 1950 dans les milieux populaires de Kinshasa, a marqué la musique en République démocratique du Congo par son mélange du français, et d’autres langues, selon Franklin Mokhoo, chercheur en histoire contemporaine consulté jeudi par l’ACP.
« L’Hindoubill est un créole kinois qui s’est développé dans les milieux populaires de Léopoldville, l’actuelle Kinshasa particulièrement autour de quartier CITAS-CASAMAR, dans l’actuelle municipalité de Barumbu avant de trouver une expression importante dans la musique congolaise », a-t-il expliqué.
Selon le chercheur, l’Hindoubill est né dans un contexte de brassage culturel et linguistique de Léopoldville, où différentes communautés congolaises se côtoyaient dans les quartiers populaires. Son vocabulaire puisait notamment dans le français, le lingala, plusieurs langues vernaculaires du Congo ainsi que l’anglais.
Cette forme d’expression, dit-il, était également associée aux « Bills », une jeunesse urbaine influencée notamment par les films indiens et les westerns américains.
Plusieurs travaux consacrés à la culture populaire de Léopoldville présentent d’ailleurs l’Hindoubill comme un argot développé par cette jeunesse et progressivement introduit dans le langage musical.
« Les vieux Bills de Léopoldville ont constitué un environnement important dans lequel ce langage s’est développé, avant que certaines de ses expressions ne soient reprises par les musiciens », a souligné M. Mokhoo.
L’Hindoubill a trouvé dans la musique congolaise un puissant moyen de diffusion. Des orchestres des années 1960 et 1970 ont incorporé des expressions issues de cet argot dans leurs chansons, donnant aux œuvres une coloration populaire et urbaine.
Des recherches consacrées à la musique congolaise citent notamment le Trio Madjesi parmi les formations ayant largement exploité ce langage.
Cette influence s’est prolongée au cours des années 1980, période durant laquelle les transformations de la culture urbaine kinoise, notamment autour du phénomène de la sape et du retour de certaines expressions de la rue dans les chansons, ont contribué à maintenir l’usage de l’Hindoubill dans le répertoire musical.
Pour Franklin Mokhoo, l’intérêt historique de l’Hindoubill réside également dans sa capacité à témoigner de l’évolution de la société kinoise et de la créativité linguistique de sa jeunesse.
« À travers les chansons, l’Hindoubill est devenu une véritable trace de la culture populaire de Léopoldville et de Kinshasa. Il a permis de comprendre comment les jeunes se sont approprié différentes langues pour créer leur propre mode d’expression », a-t-il indiqué.
Le chercheur estime que l’étude des chansons utilisant ce langage pourrait contribuer à une meilleure connaissance de l’histoire sociale et musicale de la République démocratique du Congo.
Dans cette perspective, un corpus de 345 chansons répertoriées permettrait notamment d’identifier les expressions hindoubill, leur origine, leur signification et leur évolution entre les années 1950 et 1980.
L’étude de ce patrimoine linguistique entend compléter l’histoire de la musique congolaise moderne, généralement abordée à travers ses grands orchestres, ses artistes et ses innovations musicales, en mettant davantage en lumière le rôle joué par les langages populaires dans la création artistique. ACP/ Ka

