L’ingénierie du son, un maillon essentiel de l’industrie musicale en RDC

Kinshasa, 27 août 2026 (ACP).- La valorisation de l’ingénierie du son, considérée comme un maillon essentiel de l’industrie musicale, a été mise en lumière jeudi à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), par un expert du domaine, lors d’un échange avec l’ACP.

« Dans l’industrie musicale de la RDC, les projecteurs éclairent souvent les visages des chanteurs et des leaders de groupes. Pourtant, derrière les chefs-d’œuvre qui ont bercé des générations se cachent des architectes sonores de grand talent, véritables héros dans l’ombre », a affirmé le Maestro Korino Sandjomb.

Pour l’expert, si l’artiste apporte l’intention et l’émotion, l’ingénieur du son intervient pour leur donner une architecture acoustique capable de transmettre ces éléments à l’auditeur.

« Si l’artiste apporte l’intention et l’émotion brute, l’ingénieur du son est l’artisan qui conçoit la structure acoustique capable de faire résonner cette émotion au plus profond de l’humain », a-t-il ajouté.

Une discipline au croisement de l’art et de la science

Abordant les spécificités de cette discipline, M. Sandjomb a expliqué que l’ingénierie du son constitue un pont entre le physique et l’abstrait, le spirituel et l’acoustique, ainsi qu’entre l’électronique et la science des ondes.

Dans cette perspective, il a relevé que le travail de l’ingénieur du son consiste notamment à « capter l’impalpable pour le rendre éternel ».

Cette mission repose sur plusieurs étapes essentielles de la production musicale, notamment la captation, correspondant à la prise de son, le montage, qui permet de nettoyer, découper, sculpter et organiser les séquences enregistrées, le mixage, destiné à équilibrer les différents volumes et éléments sonores, ainsi que le mastering, qui vise à harmoniser le rendu sonore final.

« Une chanson ou un film sans travail sonore reste une suite de notes ou d’images à plat. L’action conjuguée de ces différents piliers est donc déterminante pour parvenir à une œuvre bien réalisée », a-t-il expliqué.

L’ingénieur du son, architecte de l’émotion

Évoquant le rôle créatif de l’ingénieur du son, le Maestro Korino Sandjomb a insisté sur la dimension tridimensionnelle de son travail, qui consiste notamment à positionner les différents éléments dans l’espace sonore.

Cette organisation sonore permet, par exemple, de placer la voix au centre, la basse dans le fond et les guitares sur les côtés, contribuant ainsi à la construction d’un environnement acoustique cohérent.

Au-delà de l’aspect technique, cette architecture sonore participe au contrôle du climat émotionnel d’une œuvre, chaque choix pouvant influencer la perception, la mémoire affective et les sensations de l’auditeur.

Par le dosage des fréquences, des volumes, des silences et des différents plans sonores, l’ingénieur du son peut ainsi contribuer à susciter chez l’auditeur des sentiments d’apaisement, de nostalgie, d’oppression ou d’exaltation.

« Là où l’architecte traditionnel assemble des pierres, du verre et du béton pour façonner un lieu physique, l’ingénieur du son manipule les fréquences, les volumes et les silences pour bâtir un paysage intérieur susceptible de bouleverser l’âme », a-t-il indiqué.

Pour une gestion de la culture fondée sur l’expertise

Sur le plan de la gestion culturelle, Maestro Korino Sandjomb a recommandé que les institutions culturelles du pays soient confiées à des acteurs disposant d’une connaissance réelle et pratique du secteur culturel et artistique.

Il a, à cet effet, plaidé pour que la gestion de la culture ne soit pas essentiellement fondée sur des considérations politiques, appelant à accorder davantage de place à l’expertise professionnelle, qu’il considère comme indispensable à la construction de l’avenir culturel de la République démocratique du Congo.

Dans cette optique, il a salué les initiatives de la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, visant, selon lui, à positionner cette province parmi les principaux pôles culturels du pays, notamment à travers la création de structures susceptibles d’accueillir des studios d’enregistrement répondant aux standards nationaux et africains.

Près de quatre décennies au service de la musique

Fort de 39 années d’expérience dans le secteur musical en RDC, Maestro Korino Sandjomb a notamment participé à la réalisation de plusieurs œuvres du Groupe Adorons l’Éternel (GAEL), dont l’album ‘‘Sublime’’, sorti en 2001.

Au cours de sa carrière, il a également mis son expertise au service de plusieurs artistes et chanteurs du gospel chrétien, parmi lesquels le regretté Alain Moloto, notamment sur l’album ‘‘Les fruits de leurs lèvres’’, l’évangéliste Denis Ngonde, le pasteur Kool Matope, avec l’album ‘‘Maturité’’, Micheline Shabani et Patrice Mubiayi.

À travers ‘‘KOR’S PROD’’, il a par ailleurs contribué à l’encadrement artistique de plusieurs talents, notamment Mama Lydia, Robert Kombo et Guylain Mizua, ainsi que de nombreux autres artistes.

Son expertise s’est également étendue à la rumba congolaise, aux côtés de figures emblématiques telles que le patriarche Verckys Kiamuangana Mateta, Papa Wemba, Lutumba Simaro et Tabu Ley Rochereau.

Dans le cadre de ses collaborations professionnelles, il a aussi entretenu des échanges avec l’artiste Lokua Kanza qui, selon lui, apprécie depuis plusieurs années son savoir-faire dans le domaine de l’ingénierie sonore.

À travers ce parcours, Maestro Korino Sandjomb entend rappeler que derrière chaque grande œuvre musicale se trouve un ensemble de compétences techniques et artistiques dont la contribution mérite d’être davantage reconnue et valorisée dans l’industrie culturelle congolaise.

ACP/E.L./Kay

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