Kinshasa, 29 septembre 2026 (ACP).- L’héritage d’Abeti Masikini Trente-deux ans après sa disparition, est témoigné dans ses coffrets musicaux qui continuent de faire résonner la mémoire culturelle de la République démocratique du Congo, de l’Afrique et d’au-delà du continent, a indiqué mardi à l’ACP un analyste culturel.
« De son vrai nom Elisabeth Finant, Abeti Masikini connu autrement la « Tigresse aux griffes d’or », a eu des coffrets musicaux susceptibles d’être protégés dans les musés en RDC dans le cadre de la protection du patrimoine et de la perpétuation de sa mémoire », a plaidé Paul Muabilayi, coordonnateur du cercle culturel Les Postes de Sion.
Trente-deux ans après sa disparition, l’œuvre d’Abeti Masikini continue de poser la question de la conservation et de la transmission du patrimoine musical congolais.
La pérennisation de cet héritage passe désormais par la conservation de ses archives, la restauration et la numérisation de ses œuvres, la transmission de son histoire aux jeunes générations ainsi que par une meilleure valorisation de son parcours dans les programmes consacrés au patrimoine culturel congolais.
« Abeti Masikini n’est donc plus seulement une artiste appartenant à l’histoire de la musique congolaise. Elle constitue, par son parcours et son rayonnement, une mémoire vivante de la capacité de la création congolaise à franchir les frontières et à dialoguer avec le monde », a soutenu l’analyste.
En 2024, à l’occasion du 30ème anniversaire de sa disparition, le ministère de la Culture avait rendu hommage à l’artiste et souligné que son héritage demeurait vivant à travers les générations, particulièrement auprès des artistes féminines.
« Le 32ème anniversaire de sa disparition offre ainsi l’occasion de revisiter non seulement la discographie Trente-deux ans après sa disparition, l’œuvre d’Abeti Masikini continue de poser la question de la conservation et de la transmission du patrimoine musical congolais », a fait savoir Paul Muabilayi.
Disparue le 28 septembre 1994 en région parisienne, demeure l’une des grandes figures féminines de la musique congolaise moderne.
« Son héritage dépasse largement son répertoire musical. Il se situe à la fois dans la création artistique, l’ouverture internationale de la musique congolaise, l’affirmation des femmes dans un univers musical alors largement dominé par les hommes et la transmission d’une identité culturelle congolaise au-delà des frontières », a indiqué M. Maubilayi.
Une pionnière de l’ouverture internationale
Abeti Masikini a très tôt inscrit sa carrière dans une dimension internationale ou elle s’est notamment produite à l’Olympia de Paris dès 1973, puis au Carnegie Hall de New York en 1974.
Elle a également foulé la scène du Royal Albert Hall de Londres ainsi que d’autres grandes salles internationales ou la présence sur des scènes prestigieuses a contribué à donner une visibilité internationale à la musique congolaise à une époque où les possibilités de circulation des artistes africains étaient beaucoup plus limitées qu’aujourd’hui.
Son parcours est ainsi considéré comme l’un des exemples précoces d’exportation de la musique congolaise vers les grands espaces culturels internationaux.
Une artiste qui a refusé les frontières musicales
« L’autre dimension de son héritage réside dans son ouverture artistique. Abeti Masikini ne s’est pas enfermée dans une seule esthétique musicale. Son œuvre a puisé dans la rumba congolaise, le soukous, le folk, le blues, la soul et d’autres influences, tout en intégrant des éléments issus des traditions musicales africaines », a expliqué Paul Muabilayi.
Cette capacité à croiser les genres musicaux lui a permis de construire une identité musicale singulière et de toucher des publics au-delà du seul espace congolais.
Des chansons comme « Je suis fâché », « Chéri Badé », « Mwana Muke Wa Miss », « Scandale de Jalousie » et « Tu es méchant » font partie des titres régulièrement associés à son héritage discographique.
Un modèle pour les femmes artistes
L’un des héritages les plus importants d’Abeti Masikini se trouve également dans sa position de femme à la tête de sa propre formation musicale, Les Redoutables.
Elle figure parmi les premières générations de chanteuses congolaises à avoir mené une carrière internationale et qu’elle s’est distinguée par sa détermination à promouvoir les talents féminins dans la musique congolaise.
Son parcours a contribué à élargir la place accordée aux femmes dans la création musicale congolaise.
« Son héritage ne se mesure donc pas seulement au nombre de chansons laissées, mais également aux possibilités qu’elle a contribué à ouvrir aux générations féminines venues après elle », a soutenu l’analyste culturel.
De la RDC à l’Afrique
Sur le plan africain, Abeti Masikini appartient à cette génération d’artistes qui ont contribué à faire circuler les musiques africaines au-delà de leurs territoires d’origine en rapprochant la création congolaise d’autres scènes africaines et internationales.
Son parcours témoigne d’une époque où les artistes africains commençaient à s’affirmer dans des espaces culturels dominés par les productions occidentales.
Plusieurs personnalités devenues importantes dans la musique congolaise sont passées par son univers artistique.
Abeti Masikini, née Elisabeth Finant le 9 novembre 1954 à Stanleyville, aujourd’hui Kisangani, a commencé sa carrière musicale au début des années 1970. Elle est décédée le 28 septembre 1994 en région parisienne et a été inhumée à Kinshasa, au cimetière de la Gombe. Elle a reçu à titre posthume une médaille de l’Ordre national du Léopard.
ACP/Kayu.

