Kinshasa, 19 avril 2026 (ACP).- La divergence d’opinion a été perçue dimanche comme une contribution au perfectionnement de l’action collective par un acteur social de la République démocratique du Congo sensibilisant à la réhabilitation de la culture du débat, lors d’un forum en ligne suivi par l’ACP.
« La divergence d’opinion ne devrait pas être interprétée comme une remise en cause systématique des individus ou des institutions, mais comme une contribution au perfectionnement de l’action collective », a laissé entendre Yves Antoine Mbaki.
« Réhabiliter la culture du débat implique un changement de posture : accepter d’écouter sans disqualifier, répondre aux arguments plutôt qu’aux personnes, et reconnaître que la vérité ne se construit pas dans l’uniformité », a-t-il ajouté.
M. Mbaki a fait remarquer que dans l’espace public congolais l’expression d’une opinion divergente est encore trop souvent assimilée à une prise de position hostile.
« Cette confusion persistante entre critique et opposition fragilise la qualité du débat démocratique et interroge notre capacité collective à faire place à la pensée libre».
Pour lui, la vitalité d’une démocratie se mesure entre autres à la qualité de son débat public.
« En RDC, ce principe reste encore confronté à une réalité préoccupante : la difficulté à accepter la divergence d’idées sans la transformer en affrontement », a-t-il dit.
Et de renchérir : « dans de nombreux espaces d’échange qu’ils soient politiques, sociaux ou même professionnels: exprimer un point de vue différent expose rapidement à une forme de catégorisation (…). L’auteur d’une critique même constructive est souvent perçu comme un opposant voire comme un adversaire».
Selon lui, une telle lecture réduit considérablement la portée du débat et en altère la finalité.
« Cette tendance s’inscrit dans une culture où la loyauté est fréquemment associée à l’alignement », a déploré l’acteur social, précisant que le soutien à une autorité, à une institution ou à une personnalité semble parfois exclure toute prise de distance intellectuelle.
Le risque d’isolement freine l’innovation sociale
A en croire Yves Mbaki, le risque d’isolement ou de marginalisation conduit certains à privilégier la prudence, au détriment d’un débat ouvert et sincère.
« Pourtant, cette restriction implicite de la parole a un coût élevé. Elle limite la circulation des idées, freine l’innovation sociale et réduit la capacité d’une société à s’auto-corriger. Car aucune communauté ne peut progresser durablement sans accepter de questionner ses propres pratiques », a-t-il averti.
« Penser autrement ne devrait pas être un acte de courage, encore moins un motif de suspicion. C’est une composante essentielle de toute société qui aspire à progresser. En définitive, la consolidation du débat public en RDC passe par une évidence simple mais exigeante : ce n’est pas la divergence qui fragilise une nation, mais l’incapacité à lui faire une place », a-t-il conclu.
ACP/C.L.

