Kinshasa, 31 mars 2026 (ACP).- L’apport de l’héritage des travailleurs étrangers recrutés durant la période coloniale a nourri la réflexion sur l’histoire démographique de la République démocratique du Congo (RDC), selon un chercheur indépendant en histoire contemporaine lors d’un entretien mardi à l’ACP.
«L’héritage laissé par ces travailleurs durant la période coloniale permet de mieux comprendre l’évolution démographique du pays. Lors des travaux de construction du chemin de fer Matadi-Léopoldville entre 1890 et 1892, la Compagnie du chemin de fer du Congo avait fait face à une insuffisance de main-d’œuvre locale, aggravée par les maladies endémiques et des conditions de travail particulièrement difficiles», a expliqué Franklin Mokho.
Pour répondre à ces besoins, l’administration coloniale avait fait appel à une main-d’œuvre importée de plusieurs régions du monde.
«Parmi ces populations, on comptait notamment 600 Krooboys, Accras, Sierra-Léonais et Haoussas, dont 32 ouvriers sénégalais de Dakar et Saint-Louis, 350 Zanzibarites, 456 Dahoméens accompagnés d’une centaine de femmes, 291 Antillais ainsi que 529 Chinois originaires de Macao», a précisé le chercheur.
Malgré les nombreuses pertes humaines enregistrées le long du chantier ferroviaire, plusieurs de ces travailleurs se sont installés durablement sur le territoire congolais, notamment le long de la voie ferrée et à Léopoldville, actuelle Kinshasa.
«Plusieurs ont fondé des familles avec des femmes congolaises, contribuant à un brassage démographique dont les effets se perçoivent encore dans la société congolaise actuelle», a-t-il ajouté.
Selon le chercheur, cette réalité historique met en lumière les dynamiques migratoires qui ont façonné, au fil des décennies, la composition de la population congolaise.
«La question de savoir où se trouvent aujourd’hui les descendants de ces communautés, renvoie à l’histoire de la démographie et de l’intégration sociale, au-delà des débats sur les origines», a-t-il soutenu. «Cette lecture historique permet d’éclairer les débats contemporains sur l’identité et l’appartenance nationale à la lumière des mouvements des populations intervenus durant la période coloniale», a-t-il conclu. ACP/ODM

