RDC : le Nom, un patrimoine immatériel à protéger face  aux dérives modernes

Kinshasa, 16 sept.  2025 (ACP). – Le « nom congolais » a été présenté comme un patrimoine immatériel à protéger, reflétant l’identité, l’origine et les valeurs culturelles d’un individu en République démocratique du Congo(RDC), mardi lors d’un entretien avec un historien.  « Le +nom congolais+ constitue un véritable patrimoine immatériel, un cordon ombilical symbolique reliant l’individu à ses ancêtres, à sa coutume, à sa culture ainsi qu’à son histoire.

Conscient de cette portée identitaire, le président Mobutu Sese Seko, dans sa politique de recours à l’authenticité, avait interdit l’usage des prénoms chrétiens et occidentaux, afin de préserver l’essence culturelle congolaise.

Il affirmait d’ailleurs, non sans ironie, qu’il ne connaissait aucun Juif portant un nom zaïrois », a déclaré Roland Mulumba Ndiadia, historien congolais.

« Le nom d’une personne peut, à lui seul, retracer son parcours de vie +Mampasi+, par exemple, renvoie à une existence marquée par les souffrances ; Ngalula, à une fille née au milieu de nombreux garçons. Le nom peut ainsi évoquer des souvenirs heureux ou douloureux. Toutefois, avec la modernité et le choc des cultures, cette tradition s’est estompée. Aujourd’hui, les prénoms sont rarement choisis en lien avec des circonstances particulières, et certains noms associés au malheur, à la misère ou à la souffrance sont délibérément écartés », a-t-il ajouté.  Selon Mulumba Ndiadia, il demeure essentiel de documenter la signification des noms traditionnels car tout individu éprouve de manière naturelle, le besoin de connaître la signification de son nom.

« C’est une démarche indispensable, car tout individu éprouve, de manière naturelle, le besoin de connaître la signification de son nom. D’autant que celui-ci peut exercer une influence sur le destin de la personne. Le nom fait partie intégrante de l’identité. 

Dans le passé, il suffisait souvent de l’entendre pour déterminer l’origine provinciale, tribale ou clanique d’un individu », a-t-il précisé. 

Il met, par ailleurs, en garde contre une tendance préoccupante observée chez de jeunes parents qui consiste à attribuer aux enfants Des prénoms fantaisistes ou purement occidentaux. « La mode actuelle qui consiste à attribuer aux enfants des prénoms fantaisistes ou purement occidentaux est inquiétante.

Elle est parfois motivée par un complexe d’infériorité. Pour ma part, je me suis toujours engagé à donner à mes enfants des prénoms africains. Cette conviction a été renforcée par l’exemple de mon collègue, Didier Nimi Ngoma, qui a prénommé son fils Amani, ce qui signifie + paix+  en swahili. », a-t-il conclu.  Roland Mulumba Ndiadia est historien, assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Kinshasa, et doctorant à l’Université McGill.  Ses travaux portent sur l’histoire politique contemporaine de l’Afrique, les relations internationales, ainsi que les questions militaires, identitaires et de gouvernance. Il est auteur et co-auteur de plusieurs publications scientifiques, dont des articles sur la rivalité sino-américaine en Afrique centrale, les relations diplomatiques entre l’Afrique et Haïti, et les enseignements des conflits pour la RDC. ACP/

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