Kinshasa, 22 mai 2026 (ACP).- Le risque de voir l’intelligence artificielle menacer l’emploi des musiciens et l’émotion dans la création musicale en République démocratique du Congo (RDC), malgré ses avantages en production et diffusion, a été soulevé par un expert congolais, lors d’une activité organisée jeudi à Kinshasa, selon une source culturelle. « L’IA a aussi facilité la distribution des œuvres à travers des plateformes de diffusion atteignant un grand public. Malgré ces avantages, il y a eu aussi plusieurs désavantages : on a eu recours à la facilité et une œuvre générée par l’IA n’a pas traduit l’émotion par rapport à ce qui a été fait en live. En plus, le fait de jouer des instruments à la place des musiciens a détruit des emplois », a déclaré Hermann Bangi Bayo, vice-président de la commission nationale chargée de la valorisation de la rumba congolaise.
Son intervention était axée sur le thème : « De la création à la diffusion : comment l’intelligence artificielle transforme la chaîne de valeur de l’industrie musicale en RDC ». Face à ce constat, Hermann Bangi Bayo a estimé que l’usage de l’intelligence artificielle dans l’industrie musicale congolaise devait s’accompagner de garde-fous afin de préserver les métiers artistiques et l’authenticité de la création. « Il faut chercher à établir un équilibre entre les apports positifs de l’IA sur la création et la diffusion, afin de ne pas subir un contrecoup du développement technologique », a-t-il expliqué.
Pour illustrer cette mutation, il a décrit une chaîne de production musicale où l’IA intervient désormais à plusieurs niveaux. « Un auteur peut utiliser une application pour générer un texte, et l’interprète a recours à l’autotune pour améliorer ses performances vocales. Au niveau de la prise de son et du mixage, l’outil permet de corriger et de modifier des pistes, et rend possible l’intervention de musiciens à distance », a-t-il indiqué.
Selon lui, les arrangeurs figurent également parmi les professionnels bénéficiant des outils d’intelligence artificielle grâce à l’accès rapide à des banques de données de partitions et à des procédés automatisés facilitant le travail de création. Malgré ces avancées technologiques, il a souligné une limite majeure. « Une œuvre générée automatiquement ne traduit pas l’émotion d’une prestation en direct, et l’automatisation instrumentale risque de détruire des emplois dans le secteur », a-t-il conclu.
Hermann Bangi Bayo intervenait comme paneliste à la 2ᵉ édition de la Nuit du Numérique, organisée par Think Tank Law and Technologies au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa. Cette rencontre de réflexion et d’échanges portait sur les enjeux juridiques, culturels et technologiques liés à l’intelligence artificielle autour du thème principal : ‘‘Création artistique et intelligence artificielle : menace ou opportunité pour la culture congolaise ?’’.
ACP/KK

