Kinshasa, 22 juin 2026 (ACP).- Un calendrier inspiré de la culture Songye, du sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), a été conçu pour contribuer à la préservation du patrimoine culturel africain et mettre en lumière une conception endogène du temps antérieure aux systèmes occidentaux, a affirmé son concepteur lors d’un entretien lundi avec l’ACP.
« Face aux mutations profondes et brutales de nos civilisations, il revient à chaque Africain de réfléchir afin de proposer des solutions idoines pouvant aider à sauvegarder et à pérenniser ce qui nous reste de notre culture », a déclaré le docteur Kasendwe Malala.
Selon l’initiateur de cette œuvre culturelle, cette démarche s’inscrit dans la nécessité de revisiter l’usage et la perception du temps dans les sociétés africaines avant l’introduction des modèles occidentaux.
« Nos aïeux savaient déjà se situer dans le temps à leur manière, longtemps avant l’arrivée de l’homme blanc, indépendamment de l’horloge actuelle ou du calendrier en usage. Le comptage et la localisation du temps existaient déjà chez les Songye », a-t-il expliqué.
Il a précisé que la particularité de ce calendrier réside dans son caractère événementiel et cyclique, contrairement au calendrier occidental basé sur des références astronomiques.
Pour son élaboration, le concepteur a recouru à la tradition orale, considérée comme un important vecteur de transmission des savoirs dans les sociétés africaines, ainsi qu’aux travaux de plusieurs penseurs africains sur la notion du temps, notamment Mbiti, Mveng et Masolo.
Les repères temporels de ce calendrier reposent essentiellement sur les phénomènes naturels, climatiques et les activités humaines. Les pluies, les brouillards, les vents, les cycles agricoles ainsi que l’apparition des termites et des fourmis ailées déterminent notamment les appellations des périodes chez les Songye.
Selon le docteur Kasendwe Malala, ce calendrier constitue un outil de conservation et de valorisation de la culture Songye auprès des jeunes générations, en réhabilitant et en actualisant la terminologie traditionnelle du temps.
« Il n’est pas rare de constater que les Congolais utilisent les noms des mois, des jours et des heures du calendrier romain tout en parlant leurs langues locales comme le kisongye, le lingala, le swahili, le kikongo ou le ciluba », a-t-il relevé.
Cette conception du temps reflète également une organisation sociale fondée sur les activités de subsistance, notamment l’agriculture, la pêche, la chasse et la menuiserie, ainsi que sur l’observation des phénomènes naturels.
« Le temps africain n’est pas statique, il est cyclique et événementiel. Il accorde une grande place au devenir et à la responsabilité humaine et collective », a-t-il soutenu.
Par ailleurs, le concepteur ambitionne de promouvoir ce calendrier dans les écoles, universités et centres culturels afin de renforcer la connaissance des savoirs traditionnels congolais.
« La promotion et la diffusion de ce calendrier Songye constituent notre cheval de bataille. Cependant, les moyens financiers et matériels font défaut. Nous lançons un appel aux institutions de la République et aux personnes de bonne volonté afin de s’impliquer pour sauver notre culture de la déperdition liée à la mondialisation », a-t-il conclu.
Docteur Kasendwe Malala Constantin est enseignant-chercheur intervenant notamment en communication, art dynamique et disciplines douanières dans plusieurs institutions universitaires de la RDC. Il est également auteur de l’ouvrage « La notion du temps chez les Songye. Une sémantique motivationnelle des dénominations », publié aux Presses universitaires européennes.
ACP/SA (SP)/BA

