Kinshasa, 20 mai 2026 (ACP). Un hommage a été rendu, mercredi, au chanteur de la République démocratique du Congo (RDC), Jean-Pierre Efongé Isek’Ofeta, dit Gina wa Gina encore en vie, par un analyste de la musique congolaise, qui considère ce chanteur comme un « génie discret et la voix fondatrice ayant influencé toute une génération de chanteurs de deuxième voix dans la rumba congolaise », lors d’un entretien avec l’ACP.
« Il est la voix fondatrice de cette jeune rumba. C’est de lui que viennent toutes ces voix que l’on retrouve aujourd’hui dans quasiment tous les orchestres de la rumba moderne », a déclaré Eddy Ngombé, analyste musical.
« Gina wa Gina est le modèle, l’inspirateur et le mentor artistique de King Kester Emeneya (…). Aucun orchestre contemporain ne peut construire son attaque de chant sans faire référence, consciente ou non, à son style », a-t-il soutenu.
Pour l’analyste, cette influence ne s’arrête pas à Emeneya. Elle irrigue Koffi Olomidé, à l’époque Viva La Musica, les voix de Wenge Musica BCBG 4×4, celles d’Extra Musica, et tous les orchestres issus de leurs scissions. Partout, a-t-il souligné, « la manière de poser la deuxième voix porte sa marque ».
S’adressant à la jeune génération, l’administrateur des éditions Tamaris a invité celle-ci à remonter à la source pour comprendre l’identité de la rumba jeune.
« Pour ceux qui écoutent Emeneya, écoutez Gina wa Gina. Écoutez la voix, la manière de parler, la façon de se définir comme artiste, avec tous les artifices, les attitudes et les nuances qui accompagnent cette identité musicale », a-t-il recommandé.
Eddy Mwéné Ngombé a ensuite décrit l’homme et l’artiste. Il a présenté Jean-Pierre Efongé Isek’Ofeta comme un homme élégant au charme naturel, au regard expressif, qui a conservé, au fil des années, une allure raffinée.
Il a souligné que sa chevelure emblématique, presque intacte avec le temps, et surtout son timbre vocal unique, immédiatement identifiable, participent à cette présence rare qui marque les esprits.
L’auteur du livre “Le Carnet d’Eddy”, a rappelé que dans la grande épopée de Zaïko Langa-Langa, Gina wa Gina est apparu très tôt comme une personnalité artistique à part.
Avec “Consolation”, sa première composition, il a révélé, selon Eddy Ngombé, cette écriture sensible, ce romantisme musical et cette identité vocale qui ont rapidement séduit le public zaïrois.
L’analyste a précisé que peu à peu, la voix de Gina wa Gina s’est installée dans l’imaginaire des mélomanes, tandis que ses chansons ont traversé les quartiers, les bars et les pistes de danse.
Il a cité des titres comme « Célè », « Yo Nalinga » ou « Bépé ya Munu », qu’il a présentés comme bien plus que des succès. Ils consacrent, selon lui, l’émergence d’un artiste raffiné, poétique et profondément novateur dans l’univers de la rumba congolaise.
Eddy Mwéné Ngombé a insisté sur le fait que Gina wa Gina est un créateur, un novateur, un précurseur amoureux des mots et des formules élégantes en français. Il a affirmé que déjà à l’époque de Zaïko, ses compositions étaient habillées d’une poésie qui le distinguait de ses compagnons de route.
Il a conclu en voulant graver une vérité dans la mémoire de la musique congolaise : « Gina wa Gina est la source originelle de la signature vocale de la rumba jeune, ce souffle mélodique né dans les années 70 qui continue de traverser les générations comme une empreinte vivante de la rumba congolaise », avant de décrire cette signature vocale comme singulière, mêlant mélancolie, crooner et finesse vocale, avec des terminaisons prolongées, des trémolos tenus et une manière unique de poser la voix et d’habiter les phrases musicales.
Aujourd’hui, Gina wa Gina demeure une figure marquante de la musique congolaise et un témoin vivant de son histoire. Il consacre une part importante de son temps à la valorisation du patrimoine culturel et artistique du pays.
Son engagement actuel se décline en plusieurs volets. Sur le plan culturel, il intervient régulièrement pour défendre la mémoire musicale congolaise et formule des propositions visant à moderniser et structurer le secteur des arts et de la culture en RDC. Parmi ses initiatives figure le projet « Plan Efonge Gina, Kongo innovation culture horizons 2050 ».
Il prend aussi part à des cérémonies d’hommage rendues à des figures majeures de la rumba congolaise, dont King Kester Emeneya. Côté musique, il poursuit son parcours artistique et continue de livrer des textes au style poétique, à travers de nouvelles collaborations et des morceaux récemment publiés, comme “La belle de Ouesso”.
ACP/C.L.

