Kampala, 5 décembre 2025 (ACP).– La signature, le 4 décembre 2025 à Washington, des accords entre la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Rwanda, sous l’impulsion du président américain Donald Trump, marque une avancée diplomatique importante dans les efforts de stabilisation de la région des Grands Lacs.
Signée par les chefs d’État congolais Félix Antoine Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, cette cérémonie solennelle, présidée par le président Trump à l’United States Institute of Peace, a réuni plusieurs homologues africains en tant que témoins, soulignant l’enjeu continental de cet événement.
Si l’enthousiasme diplomatique est palpable, les réactions des dirigeants présents et des institutions régionales traduisent une satisfaction mesurée, face à la persistance des combats dans l’Est congolais et aux défis d’une mise en œuvre effective.
Réactions des chefs d’État présents : prudence et engagement solidaire
Plusieurs chefs d’État africains, invités par Donald Trump en tant que témoins, ont exprimé leur soutien à cette initiative, tout en insistant sur la nécessité d’une « paix vigilante ».
Le président angolais João Lourenço, président en exercice de l’Union africaine (UA), a salué l’accord comme un « pas décisif vers la stabilité régionale », appelant à une implication accrue des institutions panafricaines pour son suivi. « L’Afrique doit prendre en main son destin, mais nous saluons l’appui des partenaires internationaux », a-t-il déclaré.
Le président kenyan William Ruto, représentant de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), a exprimé l’espoir d’une « intégration économique renforcée » au sein de l’EAC. « Ces accords ouvrent la voie à une coopération frontalière fructueuse, mais leur succès dépendra du respect mutuel de la souveraineté », a-t-il souligné. Le président burundais Évariste Ndayishimiye s’est montré plus réservé : « S’engager sur un plan de paix est une chose, le mettre en œuvre en est une autre. Nous veillerons à ce que les engagements soient tenus sur le terrain », a-t-il confié, évoquant les combats récents à Kamanyola, au Sud-Kivu.
Le président togolais Faure Gnassingbé a, quant à lui, réaffirmé le soutien de l’Afrique de l’Ouest et insisté sur l’importance d’une « justice transitionnelle » pour les victimes.
Dans l’ensemble, les institutions régionales ont réservé un accueil positif mais conditionnel. L’Union africaine, la CIRGL, l’EAC et la SADC ont toutes salué l’initiative, tout en appelant à un suivi rigoureux. La CIRGL a particulièrement regretté l’absence d’un dialogue national inclusif en RDC, tandis que la SADC, par la voix de l’Angola, conditionne son appui à des « garanties vérifiables » sur le terrain.
Un cadre tripartite pour la fin des hostilités et le développement régional
Les accords de Washington, formalisés en trois volets interconnectés, visent à rompre le cycle de violence qui ensanglante l’Est de la RDC depuis plus de trois décennies. Le premier volet instaure un cessez-le-feu permanent, assorti d’un programme de désarmement des groupes armés non étatiques, dont les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), et prévoit le retour des personnes déplacées internes. La RDC s’engage à neutraliser ces groupes, tandis que le Rwanda accepte de lever ses « mesures défensives » et de retirer ses troupes du territoire congolais, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment la 2773 de février 2025.
Le deuxième volet porte sur un cadre d’intégration économique régionale, favorisant la coopération bilatérale en matière d’exploitation des ressources minières – coltan, cobalt et lithium – abondantes dans le sous-sol congolais. Plusieurs analystes y voient des enjeux stratégiques majeurs, avec des accords bilatéraux entre les États-Unis et chacun des deux pays pour sécuriser l’accès à ces minerais essentiels à l’industrie mondiale des technologies vertes. Enfin, le troisième volet renforce les mécanismes de coordination sécuritaire conjointe, avec un mécanisme de suivi impliquant la communauté internationale, dont les États-Unis en tant que garants.
Cette architecture, fruit d’un processus initié en avril 2025 par une déclaration de principes et complété par un accord-cadre au Qatar en novembre, répond à une « forte pression » américaine, comme l’a relevé Reagan Miviri, chercheur à l’Institut Ebuteli de Kinshasa.
Malgré la signature, les affrontements ont persisté le 4 décembre même, notamment à Kamanyola, où les FARDC ont été confrontées au M23. Des milliers de déplacés ont fui les zones de combat, rappelant que la paix sur papier reste fragile.
Pour la RDC, ces accords ne constituent pas une « capitulation », mais un levier pour recouvrer son intégrité territoriale et relancer son économie. Les dirigeants africains, dans leur ensemble, expriment une satisfaction mesurée : ils applaudissent l’effort diplomatique américain, mais gardent les yeux rivés sur le terrain, où tout reste à prouver.
ACP/JF

