Kinshasa, 28 juillet 2025 (ACP).- L’absence de données statistiques macroéconomiques et sociales fiables, régulières et actualisées en République démocratique du Congo, a été qualifiée de frein à l’efficacité des politiques économiques et sociales dans le pays, par un économiste, lors d’un entretien lundi à Kinshasa avec l’ACP.
« La RDC souffre d’un déficit chronique en matière de statistiques fiables et actualisées. Cette carence touche aussi bien les données macroéconomiques (taux de croissance, emploi, inflation, productivité, structure sectorielle) que les données sociales (pauvreté, accès aux services sociaux de base, répartition démographique, etc.). Ceci est un frein et la cause même de l’inefficacité des politiques économiques et sociales », a déclaré M. Christ Kahambwe, chercheur en économie et assistant à l’Université Révérend Kim.
Selon lui, l’analyse macroéconomique nationale est fréquemment biaisée en raison de l’absence de bases statistiques fiables. Les indicateurs sur lesquels reposent les choix de politique budgétaire, monétaire, sociale ou territoriale sont souvent obsolètes, partiels ou incohérents.
« Dans un contexte où la planification publique repose sur des estimations ou des projections approximatives, les politiques économiques et sociales deviennent difficilement efficaces, mal ciblées, voire contre-productives », a-t-il indiqué.
Mr Christ Kahambwe a mis en évidence la faiblesse des systèmes statistiques dans plusieurs pays africains, notamment ceux d’Afrique centrale, dont la RDC qui affiche une couverture inférieure à 35 %. A cet effet, cette faiblesse statistique entrave la planification, l’évaluation des politiques publiques et l’attractivité des investissements.
Il a précisé que ce déficit des statistiques engendre des effets négatifs sur plusieurs dimensions à savoir : l’économie, le social et la gouvernance.
En conséquence, il y aura entre autres, la projection fausse et le ciblage erroné, les données de l’emploi imprécises, ainsi que la mauvaise localisation des besoins et répartition des ressources.
Le recensement général de la population, une base incontournable
Le chercheur a, par ailleurs, souligné que le recensement général de la population congolaise sur toute l’étendue de la RDC constitue une base incontournable pour la production de statistiques fiables. Cependant la RDC n’en a pas réalisé depuis 1984, a-t-il déploré.
M. Christ Kahambwe a proposé un modèle qui repose sur un système de remontée ascendante de l’information, structuré autour des acteurs locaux souvent négligés mais essentiels que sont les chefs d’avenue, de quartier et de commune, visant à instaurer une gouvernance fondée sur l’évidence, à partir d’une collecte régulière, désagrégée, géolocalisée et contextualisée des données.
« Ces cas montrent ainsi que l’investissement dans l’appareil statistique national est un fondement majeur de toute politique publique efficace et équitable », a-t-il conclu. ACP/C.L

