Kinshasa, 6 juillet 2026 (ACP). – Le recours au partenariat public-privé (PPP) s’impose comme l’une des principales pistes pour relancer le secteur ferroviaire en République démocratique du Congo (RDC). Entre besoins massifs d’investissements, modernisation des infrastructures et préservation des intérêts stratégiques de l’État, ce modèle suscite autant d’attentes que d’interrogations.
Dans un entretien accordé lundi à l’ACP, Maître Boniface Masheke a apporté son éclairage à travers trois questions essentielles.
- Question 1 : Pourquoi le partenariat public-privé est-il devenu incontournable pour relancer le secteur ferroviaire en RDC ?
Me Masheke : Au regard du contexte actuel, le caractère incontournable du PPP s’explique par la nécessité de relancer le secteur ferroviaire qui, depuis des décennies, est exposé à un état de dégradation avancée des infrastructures existantes, à l’insuffisance des dotations publiques, à la capacité budgétaire limitée de l’État et à la croissance continue des opportunités de désenclavement du pays par des trafics fiables, notamment pour les produits miniers. Le recours au PPP apparaît dès lors comme une nécessité à la fois opérationnelle et financière pour développer et sécuriser des corridors ferroviaires, porteurs de chaînes de valeur pour les grands groupes miniers opérant en RDC.
- Question 2 : Quels bénéfices et quels risques ce modèle présente-t-il pour le financement et la modernisation du rail congolais ?
Me Masheke : Dans un secteur où la remise à niveau des voies, des gares, de la signalisation et du matériel roulant réclame des investissements lourds et de longue durée, le PPP offre des bénéfices majeurs de mobilisation de capitaux, de modernisation technologique et de partage responsable des risques. Ce modèle peut exposer le rail congolais à des risques de déséquilibres contractuels et de vulnérabilité macroéconomique, lorsqu’il n’est soumis par un cadre juridique et institutionnel robuste, et en l’absence de projets rigoureusement préparés et formellement structurés.
- Question 3 : Quelles garanties faut-il réunir pour assurer un partenariat équilibré entre l’État et les investisseurs privés ?
Me Masheke : À ce sujet, je dirais qu’un PPP équilibré entre l’État congolais et les investisseurs privés repose sur un faisceau de garanties juridiques, financières, institutionnelles et sociales, qui doivent être explicites dans la loi sur les PPP, dans ses mesures d’application ainsi que dans chaque projet de contrat. En d’autres termes, l’équilibre recherché ne se fonde pas sur une garantie isolée, mais sur un ensemble cohérent de garanties articulant la sécurité juridique pour les investisseurs, une gouvernance forte capable de défendre l’intérêt général sur toute la durée du contrat, la soutenabilité financière des engagements publics et privés, ainsi que l’exigence de retombées industrielles et sociales tangibles pour la RDC.
ACP/DO

