Kinshasa, 3 nov. 2025 (ACP).- Le commerce a été présenté comme un moyen de survie pour les femmes du groupement de Luhihi, au Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) dans un contexte de précarité accentuée par la fermeture du site minier de Lomera, selon une enquête publiée lundi. « Plus de 30 jours après la fermeture du site minier de Lomera le 08 septembre 2025, dans le groupement de Luhihi (territoire de Kabare, Sud-Kivu), les activités locales sont à l’arrêt. Les femmes, premières touchées, tentent de se reconstruire par de petits commerces dans un contexte de précarité, entre pertes économiques, initiatives de survie et l’absence de mesures d’accompagnement », a déclaré Égide Sanzira, porte-parole de la communauté locale, citée dans l’enquête des « Journalistes pour les droits humains » (JDH).
Selon M. Sanzira, le village de Lomera comptait près de 30.000 habitants vivant principalement de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. L’équilibre économique a basculé en décembre 2024 avec la découverte de l’or. « L’afflux d’exploitants artisanaux et d’opérateurs économiques a transformé le paysage. Les terres agricoles ont été accaparées et les activités paysannes abandonnées au profit de l’exploitation minière », a-t-il expliqué.
« La fermeture du site de Lomera a mis à l’arrêt cette nouvelle économie. Le village, désormais privé de son principal moteur financier, fait face à une crise sociale profonde. Commerces fermés, activités informelles suspendues et même l’Institut Kamengé, école secondaire locale, a dû cesser ses cours faute de moyens des parents », a-t-il déploré.
De son côté, Mme Binja Lulihoshi, ancienne tenancière d’un restaurant a évoqué les difficultés auxquelles font face les femmes à cause de la fermeture de ce site minier.
« Quand la fermeture a été annoncée, ce fut un choc. Nous avons tout perdu du jour au lendemain. Avant, je cultivais ou je servais des repas aux creuseurs. Désormais, je reste à la maison. Nous n’avons plus de quoi manger et la scolarité des enfants est devenue un casse-tête », a-t-elle dit.
« Au site, femmes restauratrices, vendeuses, laveuses de minerais, artisanes et commerçantes ambulantes vivaient directement de l’exploitation. Aujourd’hui, elles se retrouvent sans alternatives », a-t-elle ajouté. Même constat pour Clémentine Ndagano, vendeuse ambulante.
Résilience féminine et initiatives de survie
Agnès Mugeni, ancienne vendeuse des haricots a fait savoir que face à l’absence d’alternatives, certaines femmes ont tenté de se réorganiser en formant des groupes de tontine pour leur survie. «J’ai rejoint un groupe de tontine pour produire du savon et du jus local vendu au marché de Kavumu. D’autres femmes se tournent vers le petit commerce ou l’élevage », a-t-elle dit, avant de préciser que ces efforts restent fragiles à cause du manque de capital. « Les institutions de microfinance exigent des garanties que nous n’avons pas. Il y a également des difficultés liées à l’insécurité, au manque d’accès au marché et à l’absence de formation en gestion », a-t-elle décrié.
La fermeture du site de Lomera a mis en lumière la fragilité des économies minières locales et la vulnérabilité des femmes qui en dépendent. Sans alternatives ni appui public, elles portent seules le poids d’une transition brutale. Reste désormais à savoir si les promesses des autorités se traduiront en actions concrètes et si la résilience des femmes de Lomera suffira à surmonter l’abandon d’un site qui faisait vivre tout un village.ACP/

