Trois questions à la coordinatrice du secrétariat technique national de la Résolution 2250 sur les droits garantis aux femmes vivant dans des zones en conflits

 Kinshasa, 24 mars 2026 (ACP).- Dans le cadre des activités consacrées au mois de mars dédié aux droits de la femme en République démocratique du (RDC), dont le thème au niveau national porte sur « Droits garantis : autonomisation durable pour toutes les femmes et filles en RDC », l’ACP s’est entretenu avec Mme Anna-Jacquie Kitoga,  coordinatrice nationale du secrétariat technique national de la Résolution 2250 (STN-R 2250), pour des éclaircissements sur le thème susmentionné, au regard de divers cas documentés de violations des droits des femmes , particulièrement celles vivant dans des zones en conflits dans la partie Est du pays, où s’observe entre autres des violences basées sur le genre ( VBG) et les discriminations sociales persistantes.

Pour Mme Kitoga, dans le contexte où les femmes sont victimes de diverses violences en RDC, parler des droits des femmes signifie avant tout mettre fin à l’impunité, protéger les survivantes et reconnaître les femmes comme actrices de paix et de résilience.

Elle a fait savoir que les agendas femmes, paix et sécurité et jeunesse, paix et sécurité rappellent une chose essentielle : les femmes et les jeunes ne doivent pas seulement être protégés, ils doivent aussi être pleinement associés à la recherche des solutions pour la paix et la reconstruction du pays.

ACP 1 : Quels droits  garantir aux femmes vivant dans des zones en conflits, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et une partie du Maï-Ndombe,  en proie aux attaques de la milice Mobondo ?

Mme Kitoga : Dans des provinces comme le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri ou encore certaines zones du Maï-Ndombe, il est essentiel que  leurs  droits soient effectivement appliqués, notamment par le renforcement de la protection des populations civiles, la présence de la justice et le soutien aux organisations locales de femmes qui jouent un rôle crucial dans la résilience communautaire.

Parmi ces droits, figurent :

-Le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité humaine ;

– Le droit à la protection contre toutes formes de violences, notamment les violences sexuelles et basées sur le genre ;

–  Le droit à l’accès à la justice et aux réparations ;

–  Le droit à l’assistance humanitaire, incluant la santé, l’éducation et la protection sociale ;

– Le droit à la participation dans les processus de paix et de prise de décision, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité.

ACP 2 : Quelles stratégies mettre en œuvre pour rendre chaque femme et chaque fille congolaise autonome selon son domaine d’activité, dans un contexte de guerre d’agression en RDC ?

 Mme Kitoga : l’autonomisation des femmes dans un contexte de conflit doit être pensée de manière globale et multisectorielle.

Plusieurs axes sont essentiels : l’autonomisation économique. Ici,il est nécessaire de soutenir les initiatives économiques des femmes à travers l’accès au financement, la formation professionnelle, les coopératives et l’entrepreneuriat féminin ;  l’éducation et la formation. Il s’agit ici d’investir dans l’éducation des filles et dans le renforcement des capacités des femmes comme une clé majeure pour leur autonomisation durable; la protection et la prise en charge des survivantes de violences.

Cela implique l’accès aux soins médicaux, au soutien psychosocial, à l’assistance juridique et à la réinsertion socio-économique ; la participation des femmes et des jeunes femmes dans les mécanismes de paix. Les femmes doivent être impliquées dans les initiatives locales de médiation, de prévention des conflits et de consolidation de la paix; ainsi que le renforcement des politiques publiques sensibles au genre.

Cela passe par une meilleure intégration du genre dans les programmes de développement, les budgets publics et les politiques de reconstruction post-conflit.

ACP 3 : L’autonomisation durable passe notamment par la confirmation du leadership, à travers la représentativité féminine dans les instances décisionnelles du pays conformément à la Constitution qui réserve un quota de 30 % aux femmes. Comment jugez- vous cette représentativité actuellement et quelles solutions envisagées pour améliorer le leadership féminin en RDC ?

Mme Kitoga : La Constitution congolaise prévoit 30 % de représentativité des femmes, mais aujourd’hui, nous devons reconnaître que nous sommes encore loin de cet objectif dans plusieurs institutions. Pour changer cette réalité, il faut passer de l’engagement politique aux mesures concrètes : appliquer réellement les dispositions constitutionnelles sur la représentativité des femmes ; encourager les partis politiques à investir davantage de femmes candidates ; et renforcer la formation au leadership pour les femmes et les jeunes filles et lutter contre les barrières sociales et économiques qui freinent leur participation.

Le leadership féminin n’est pas une faveur accordée aux femmes. C’est une condition essentielle pour une gouvernance inclusive et durable. Quand les femmes et les jeunes participent aux décisions, les politiques publiques deviennent plus justes, plus représentatives et plus efficaces pour la paix et le développement. ACP/

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