Kinshasa, 16 mars 2026 (ACP).- Dans le cadre des activités consacrées au mois de mars dédié aux droits de la femme en République démocratique du Congo (RDC), sous les thèmes international : « Droits, justice, action pour toutes les femmes et filles » ; et national : « Droits garantis : Autonomisation durable pour toutes les femmes et filles en RDC », l’ACP a approché le sociologue Carlin Vese, expert en genre, masculinité et féminité positive pour des éclaircissements sur les thèmes susmentionnés, au regard de diverses violations des droits des femmes, notamment celles liées aux violences basées sur le genre (VBG) et aux discriminations sociales persistantes.
Pour ce sociologue, ces thèmes rappellent trois réalités majeures : reconnaissance légale, la non application effective de ceux-ci, notamment dans des zones touchées par des conflits armés et l’appel à la justice pour le renforcement de prévention des violences, de protection des victimes et de promotion de l’égalité du genre. Ci-dessous l’intégralité de cet entretien.
Question 1 : quels droits garantir aux femmes vivant dans des zones en conflits, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et une partie du Maï-Ndombe en proie aux attaques de la milice Mobondo ?
Réponse1 : Dans les provinces affectées par les conflits armés, notamment le Nord-Kivu, le SudKivu, l’Ituri ou certaines zones du Maï-Ndombe, les femmes vivent une situation de vulnérabilité accrue. Dans ces contextes, plusieurs droits fondamentaux doivent être garantis : le droit à la sécurité et à l’intégrité physique, le droit à la justice, le droit à la santé et au soutien psychosocial, le droit à l’autonomie économique ainsi que le droit à la participation aux processus de paix. Il est essentiel de protéger les femmes contre toutes formes de violences. Les survivantes doivent pouvoir accéder à des mécanismes judiciaires efficaces, afin que les auteurs soient poursuivis et sanctionnés. Les femmes doivent être impliquées dans les mécanismes de médiation, de dialogue communautaire et de consolidation de la paix. Garantir ces droits revient à reconnaître que les femmes ne sont pas seulement des victimes des conflits, mais aussi des actrices majeures de la paix et de la résilience communautaire.
Question 2 : quelles stratégies ou politiques mettre en place, en rapport avec l’approche masculinité positive, pour rendre chaque femme et chaque fille congolaise autonome selon son domaine d’activité, dans un contexte de guerre d’agression en RDC ?
Réponse2 : l’approche de la masculinité positive apparaît aujourd’hui comme un levier stratégique pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle encourage les hommes et les garçons à adopter des comportements responsables, respectueux et solidaires envers les femmes. À cet effet, il convient de souligner l’importance de la mise en œuvre effective de la stratégie nationale de promotion de la masculinité positive (SNPM+), adoptée par le gouvernement de la République et portée par la cellule technique mixte de la masculinité positive (CTM+) du ministère du Genre, famille et enfant (GFAE). Cette stratégie constitue un cadre important pour impliquer activement les hommes dans la promotion de l’égalité de genre, prévenir les VBG, transformer les normes sociales qui perpétuent les inégalités et promouvoir des modèles masculins responsables et engagés dans le développement des familles et des communautés. Dans ce cadre, plusieurs actions concrètes peuvent être mises en œuvre. Il s’agit de renforcer les programmes d’éducation à l’égalité de genre pour les garçons et les jeunes hommes, d’impliquer les leaders communautaires, religieux et coutumiers dans la promotion de la masculinité positive, d’encourager les hommes à devenir alliés dans la lutte contre les violences faites aux femmes ainsi que soutenir les initiatives économiques et sociales favorisant l’autonomisation des femmes et des filles.
Question 3 : l’autonomisation durable passe, notamment par la confirmation du leadership, à travers la représentativité féminine dans les instances décisionnelles du pays, conformément à la Constitution qui réserve un quota de 30 % aux femmes. Comment jugez- vous cette représentativité actuellement, particulièrement et quelles solutions envisagées pour améliorer le leadership féminin en RDC, particulièrement en ce moment où le pays s’apprête à célébrer la 2ème édition de la Journée nationale de la masculinité positive ?
Réponse : la Constitution congolaise prévoit un quota d’au moins Photo de M. Carlin Vese, expert en genre, masculinité et féminité positive BULLETIN QUOTIDIEN 2026 BQ/ACP n°6455 du mardi 17 mars 2026 KK.-SPN.-CLN./WIT/TRMK-GNS.-KASI 30 30 % de représentation des femmes dans les institutions publiques. Cette disposition constitue une avancée importante dans la promotion de l’égalité de genre. Cependant, dans la réalité, ce quota reste encore insuffisamment respecté dans plusieurs instances décisionnelles, notamment au niveau politique et administratif. Cette situation s’explique par plusieurs obstacles : les pesanteurs socioculturelles, les inégalités économiques, le manque de soutien institutionnel aux candidatures féminines, la persistance de certaines pratiques discriminatoires dans la sphère politique.
Pour renforcer le leadership féminin, plusieurs actions doivent être envisagées, notamment l’application effective du quota constitutionnel de 30 %, le renforcement des capacités de leadership et de gouvernance des femmes, l’accompagnement des jeunes filles vers les carrières politiques et décisionnelles, l’engagement des hommes leaders dans la promotion de la masculinité positive en politique ainsi que l’intégration de l’approche féminité et masculinité positives dans les curricula scolaires et dans les actions de la commission d’accompagnement du processus de fiançailles.
À l’approche de la deuxième édition de la Journée nationale de la masculinité positive, il est important de rappeler que le développement durable et la paix ne peuvent être atteints sans la participation active et équitable des femmes dans la prise de décision. Promouvoir la masculinité positive, c’est donc encourager les hommes à soutenir le leadership féminin et à contribuer à la construction d’une société plus inclusive, plus équitable et plus pacifique, car la masculinité positive nous rappelle que la promotion des droits des femmes n’est pas une lutte contre les hommes, mais une démarche collective pour construire une société plus juste et plus équilibrée. Les hommes de qualité n’ont pas peur de l’égalité. ACP/

