Kinshasa, 27 mars 2026 (ACP).- La masculinité toxique traduit par des violences en salle d’accouchement a été considérée comme une urgence de santé publique en République démocratique du Congo (RDC), lors d’une campagne vendredi à Mbuji-Mayi, au Kasaï Oriental, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC).
«Les images des violences en salle d’accouchement à Kinshasa ont choqué, indigné, révolté. Elle traduit un échec dans le système de santé. La réponse réside en partie dans ce que l’on appelle la masculinité toxique, qui constitue une urgence de santé publique en RDC. Cette construction sociale qui valorise la domination, la brutalité, le mépris de l’autre continue d’imprégner nos institutions. Tant que ces modèles ne seront pas déconstruits, de tels actes risquent de se répéter», a déclaré le sociologue Carlin Vese, expert en engagement communautaire.
Selon lui, cette situation est le symptôme d’un mal plus enraciné, celui des normes sociales toxiques et des modèles de masculinité violents qui continuent de façonner les comportements, y compris dans des espaces censés protéger la vie.
«Cette combinaison de violences et de complicité révèle une faillite morale, professionnelle et institutionnelle. Elle interroge notre capacité collective à protéger les plus vulnérables, en particulier les femmes et les jeunes filles», a expliqué M. Vese.
«Certes, la réaction des autorités, avec l’ouverture d’une enquête judiciaire, est à saluer. Mais la justice, aussi nécessaire soit-elle, ne suffira pas si elle ne s’accompagne pas d’une transformation en profondeur des mentalités et des pratiques. Car la question essentielle est la suivante : comment en arrive-t-on à banaliser la violence dans un lieu de soins ? Comment un professionnel de santé peut-il se sentir autorisé à humilier, brutaliser, déshumaniser une patiente?», s’est-il interrogé, avant de rappeler la nécessité de passer des discours aux actes pour promouvoir la masculinité positive.
«C’est pourquoi il est urgent de passer des discours aux actes en matière de promotion de la masculinité positive en RDC. La Stratégie nationale de promotion de la masculinité positive, portée par la Cellule technique mixte, existe. Mais elle doit désormais être mise en œuvre de manière effective, visible et mesurable», a dit M. Vese, précisant que cette mise en œuvre doit impérativement toucher le secteur de la santé.
«Les facultés de médecine et les écoles de formation du personnel médical doivent devenir des espaces de transformation des mentalités, où l’éthique, le respect des droits humains et la dignité des patients sont au cœur de la formation. Former un médecin, ce n’est pas seulement lui transmettre des compétences techniques. C’est aussi construire un professionnel capable d’empathie, de respect et d’humanité», a-t-il indiqué.
«Il est également essentiel d’intégrer la masculinité positive dans les curricula scolaires, dès le plus jeune âge, afin de déconstruire les comportements toxiques avant qu’ils ne s’enracinent. C’est à ce prix que nous pourrons espérer un changement durable. Les femmes et les jeunes filles en RDC ne peuvent plus continuer à subir le poids de comportements violents normalisés. Le respect des droits humains et de la dignité humaine ne se négocie pas», a-t-il renchéri.
M. Vese a fait savoir que les faits qui s’est passé à Kinkole doit être un tournant, non pas un scandale de plus qui s’efface avec le temps, mais un électrochoc national. Une occasion de repenser le système de santé, de renforcer les mécanismes de responsabilité, et surtout, de transformer les normes sociales qui légitiment la violence.
ACP/ODM

