Kinshasa, 8 septembre 2025 (ACP).- La communauté internationale a été appelée lundi, à reconnaitre le génocide perpétré par l’armée rwandaise et ses supplétifs de l’AFC-M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo, par le gouvernement congolais, lors de la 60ème session ordinaire du Conseil des droits de l’Homme à Genève, en Suisse.
« Il est temps de briser le cycle du déni, de l’impunité et de la récidive dans la région des Grands Lacs », a indiqué le Président Félix Tshisekedi, dans un message enregistré projeté lors de la conférence scientifique consacrée au « Genocost », en marge de cette session.
« Depuis plus de trois décennies, nos populations payent tant de tributs humains insoutenables, familles décimées, villages rayés de la carte, femmes et enfants brisés par des crimes planifiés et systématiques », a déclaré le Chef de l’Etat congolais, appelant d’une manière sans équivoque à « une reconnaissance internationale des génocides perpétrés sur le territoire congolais ».
Le plaidoyer du Président Tshisekedi a reposé sur trois axes dont la cartographie des faits à caractère génocidaire, l’établissement juridique de leur qualification au regard du droit international et la mise en place d’un mécanisme de justice transitionnelle adapté aux réalités congolaises.
« Reconnaître un génocide, c’est protéger l’avenir en refusant l’oubli et le relativisme », a-t-il insisté.
Le Président congolais a également réaffirmé l’attachement de la RDC à la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Son message, a-t-il rassuré, « n’est dirigé contre aucune communauté, mais se veut un combat pour l’humanité ».
Tout comme le Président Félix Tshisekedi, les interventions des responsables congolais, d’experts internationaux et d’acteurs des droits humains ont souligné l’urgence d’une reconnaissance internationale des crimes commis en RDC depuis les années 1990.
« Reconnaître les génocides congolais, c’est honorer les victimes et affirmer que l’impunité ne sera jamais tolérée. Le peuple congolais ne cherche pas à réparer les douleurs, ni à dresser une communauté contre une autre. Il aspire à la vérité et à la justice », a déclaré Guillaume Ngefa, ministre congolais de la Justice.
Le ministre Ngefa a, par ailleurs, réaffirmé la ferme volonté du gouvernement congolais de juger les crimes perpétrés dans les zones occupés par l’AFC-M23 soutenu par le Rwanda.
« Le gouvernement de la République démocratique du Congo affirme sa ferme volonté de prendre des mesures concrètes afin que tous les crimes de masse et actes de nettoyage ethnique soient jugés », a-t-il dit.
Le ministre congolais en charge de la Justice a relevé que le Gouvernement congolais continue d’assurer le monitoring de toutes les violations graves du Droit international humanitaire qui continuent d’être perpétrées par les forces d’occupation pour installer une véritable gouvernance par crimes.
Il a réitéré l’engagement de la RDC pour la justice en faveur des victimes des crimes perpétrés dans l’Est du pays comme un pilier important.
« Notre engagement pour la justice et la solidarité en faveur des victimes reste un pilier, y compris dans le processus de discussion en cours pour le retour de la paix. Nous devons par ailleurs résister à la tentation d’instrumentaliser l’histoire », a-t-il dit.
« C’est d’ailleurs, c’est qui explique la création du Fond national de réparation des victimes des violences sexuelles liées au conflit (Fonarev), qui constitue une réponse nationale forte destiné à apporter réparation et consolation aux victimes », a-t-il ajouté.
Depuis 1993, l’histoire de la RDC s’écrit dans les feux et le sang

Le ministre Guillaume Ngefa, à la tribune de la CDH
Le ministre congolais Samuel Mbemba, en charge des Droits humains, a, dans son intervention, expliqué que depuis 1993, l’histoire de la RDC s’écrit dans les feux et le sang.
« Si la RDC a connu diverses scènes de violence depuis son accession à l’indépendance, c’est depuis 1993 que son histoire s’écrit dans les feux et le sang, marquée par une succession de crises humanitaires et de conflits d’une brutalité inédite », a-t-il dit.
Il a rappelé que la RDC a été le théâtre de multiples épisodes sanglants de terreur et de violences, alimentant un cycle ininterrompu d’instabilité, évoquant notamment les guerres d’agression menées par des pays voisins, ainsi que la sédentarisation dans l’Est du territoire de groupes armés étrangers, transformant le pays en « théâtre à ciel ouvert » où se sont déroulées, par vagues successives, « les scènes les plus cruelles choquant la conscience de l’humanité ».
Le terme « Genocost », a-t-on noté, est utilisé par des chercheurs et associations congolaises pour désigner l’ensemble des crimes de masse commis dans le pays depuis les années 1990. L’événement de Genève, destiné à documenter et à promouvoir la reconnaissance de ces violences, a réuni diplomates, experts et représentants de la société civile congolaise.
Adama Dieng, envoyé spécial de l’Union africaine pour la prévention du génocide, a rappelé les conclusions du rapport Mapping de l’ONU, documentant des massacres et viols systématiques susceptibles d’être qualifiés de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.
De son côté, Mme Bintou Keita, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU et cheffe de la Monusco, a réaffirmé l’engagement des Nations unies à accompagner la RDC dans sa quête de vérité et de justice notamment, dans le cadre d’un processus de justice transitionnelle « porté par les Congolais eux-mêmes » et conforme aux standards internationaux. ACP/C.L.

