Contre Mobutu-Kabila : « Ville morte », contre la Constitution : « ville avec activités »

Kinshasa, 4 juin 2026 (ACP).- Contre le régime du maréchal Mobutu : ville morte. Contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila au-delà de son mandat constitutionnel : ville morte. Contre une éventuelle révision de la Constitution : ville avec activités. Cette comparaison, à elle seule, éclaire la portée de la journée du 3 juin voulue comme un test sur la capacité à mobiliser des opposants à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Présentée par ses initiateurs comme une démonstration de force destinée à exprimer un rejet d’un éventuel projet de modification de la Loi fondamentale, l’opération « ville morte » n’a pas produit les effets attendus dans cette mégapole de plus de 12 millions d’habitants. 

Les faits observés sur le terrain sont difficiles à ignorer. Certes, les premières heures de la matinée ont été marquées par une certaine prudence. Dans plusieurs communes, des commerçants ont retardé l’ouverture de leurs magasins et certains opérateurs économiques ont préféré observer l’évolution de la situation avant de reprendre normalement leurs activités. Mais cette attitude relevait davantage d’un réflexe de précaution face aux craintes de possibles actes de vandalisme que d’une adhésion massive au mot d’ordre lancé par l’opposition.

La fluidité inhabituelle constatée sur certains axes routiers durant les premières heures de la journée s’explique d’ailleurs en grande partie par cette période d’observation. Très vite, au fil de la matinée, les transports ont retrouvé leur rythme, les marchés se sont remplis, les bureaux ont ouvert et l’activité économique a repris son cours normal dans la plupart des quartiers de la capitale.

Le constat est sans équivoque : Kinshasa n’a pas cessé de vivre.

Cette réalité invite à une réflexion plus profonde sur l’histoire politique récente du pays et sur l’efficacité des instruments de mobilisation populaire.

Car la « ville morte » n’est pas un concept nouveau en République démocratique du Congo. Bien avant les réseaux sociaux et les campagnes numériques, cette forme de contestation avait été portée à son plus haut niveau d’efficacité par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) sous la direction d’Étienne Tshisekedi.

À l’époque, les appels à la ville morte contre le régime de Mobutu transformaient littéralement Kinshasa en une cité silencieuse. Les rues étaient désertes, les commerces fermés, les transports quasi inexistants. L’adhésion populaire était telle que même les activités les plus essentielles étaient affectées. La mobilisation reposait alors sur une conviction largement partagée par la population.

Le même phénomène s’était retrouvé, à des degrés divers, durant les années de tension politique liées au maintien au pouvoir de Joseph Kabila après l’expiration de son mandat constitutionnel en 2016. Les appels de l’opposition trouvaient alors un écho réel dans une partie importante de la population, au point de perturber sensiblement la vie économique et sociale de la capitale.

Le contraste avec la journée du 3 juin est frappant.

Loin d’une ville paralysée, Kinshasa a offert le visage d’une métropole active. Les marchés ont fonctionné. Les petits commerces ont ouvert. Les transports en commun ont assuré leurs services. Les administrations et de nombreuses entreprises ont poursuivi leurs activités. Dans plusieurs communes, l’animation habituelle de la capitale était visible dès la fin de la matinée.

La différence entre les villes mortes d’hier et celle qui était annoncée mercredi réside sans doute dans un élément fondamental : l’adhésion populaire.

Une ville morte réussie ne se décrète pas uniquement à travers des communiqués ou des déclarations politiques. Elle repose sur la capacité à convaincre une population de suspendre volontairement ses activités pour défendre une cause qu’elle estime essentielle.

Or, mercredi, les Kinois ont majoritairement fait un autre choix. Celui de poursuivre leurs occupations quotidiennes, de travailler, de commercer et de chercher les revenus nécessaires à la subsistance de leurs familles.

Cette réalité mérite d’être entendue.

Elle rappelle que les grandes mobilisations populaires de l’histoire politique congolaise ont toujours été portées avant tout par l’adhésion des citoyens. Elles ne reposaient ni sur l’intimidation ni sur la crainte de représailles contre ceux qui refusaient de suivre le mot d’ordre. Les populations restaient chez elles parce qu’elles partageaient une conviction politique, non parce qu’elles redoutaient les conséquences de leur présence dans la rue.

C’est probablement là que se situe la principale leçon de cette journée. Les recettes politiques qui ont marqué certaines pages de l’histoire nationale ne produisent pas automatiquement les mêmes résultats lorsqu’elles sont reproduites dans un contexte différent. Copier une méthode ne suffit pas. Encore faut-il bénéficier de la confiance et de l’adhésion de ceux au nom desquels l’on prétend parler.

La journée du 3 juin n’a donc pas consacré l’arrêt de Kinshasa. Elle a plutôt révélé une capitale prudente dans les premières heures, attentive à l’évolution de la situation, puis résolument tournée vers ses activités habituelles.

Contre Mobutu, la ville s’arrêtait. Contre le glissement du mandat de Joseph Kabila, la ville s’arrêtait encore. Ce mercredi, malgré les appels à la paralysie, la ville a travaillé.

Et ce constat constitue, sans doute, le principal message politique livré par les rues de Kinshasa. ACP/

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