Kinshasa, 23 mars 2026 (ACP).- L’économiste Jean-Lucien Bussa a préconisé la consolidation de la position de la République démocratique du Congo dans les commerces mondiaux, en combinant les politiques industrielles et commerciales stratégiques, par la valorisation de ses ressources naturelles diversifiées, dans une thèse doctorale consultée dimanche par l’ACP.
«Face aux multiples défis économiques auxquels la RDC fait face, elle dispose des opportunités économiques capables de consolider sa position dans les échanges mondiaux. La transformation structurelle profonde de son économie n’est plus une option mais un impératif pour assurer une croissance forte et soutenue et affirmer sa souveraineté économique. Pour ce faire, il devient plus qu’urgent de mettre en place une politique économique intégrée à savoir : une politique industrielle stratégique combinée à la politique commerciale stratégique», a-t-on lu.
Docteur en économie M. Bussa a été plusieurs fois ministre. Actuellement, il occupe les fonctions de ministre de l’Aménagement du territoire. Pour cet économiste, ces politiques jumelles doivent être mises en cohérence avec les autres politiques économiques proactives afin de placer la RDC sur la trajectoire de son émergence économique à l’horizon 2050.
En outre, il a retracé l’évolution du volume des échanges commerciaux de marchandises du monde, de l’Afrique, de la RDC et d’un échantillon d’autres pays entre 1960 et 2024.
L’analyse par poste a révélé que les volumes des échanges commerciaux au niveau mondial ont été évalués à 49.239 milliards de dollars (USD) en 2024 contre 268.27 milliards USD en 1960, soit un coefficient de multiplication 183,54. La même source a précisé qu’en Afrique les échanges commerciaux sont passés de 15.92 milliards USD en 1960 à 1.354 milliards USD en 2024, soit un coefficient de multiplication de 85,01.
En RDC, les volumes des échanges commerciaux ont été évalués à 56,50 milliards USD en 2024 contre 0,72 milliards USD en 1960, soit un coefficient de multiplication de 79,02.
La thèse a, par ailleurs, indiqué que l’augmentation du volume des échanges commerciaux a été dominée de plus en plus par des produits primaires dont les produits miniers, le pétrole brut, et quelques produits agricoles (bois, café, cacao, …), représentants plus de 85% des exportations non productives, ayant une valeur ajoutée locale marginale.
Ces produits primaires, a rapporté l’étude, rendent le pays dépendant structurellement des exportations des produits miniers faiblement ou non transformés localement, maintient l’extraversion de l’économie congolaise et accroit sa vulnérabilité aux chocs exogènes.
«En conséquence, l’économie congolaise ne contribue pas à la montée en gamme technologique ; la transformation locale ; la création d’emplois industriels ; et l’apprentissage productif au pays», a précisé le document. La source a également souligné que les importations de la RDC sont constituées d’un faible niveau des importations productives, notamment des machines-outils, des intrants intermédiaires et industriels, des technologies et autres infrastructures de production dont l’incidence sur la production en tant que vecteur d’innovation et de soutien à la compétitivité industriel a été démontrée dans la plupart des économies émergentes.
Contribution de la RDC aux échanges commerciaux intra-communautaires 2022-2023
Par ailleurs, l’économiste Bussa a relevé qu’en 2023, les échanges commerciaux de la RDC dans la communauté d’Afrique de l’Est (CAE) ont été évalués à 10,89% contre 11,94% en 2022, soit une régression de 1,05%. Pour la Communauté Economique des Etats d’Afrique Central (CEEAC), la RDC a contribué aux échanges commerciaux à hauteur de 5,69% en 2023 contre 7,95% en 2022, soit
une baisse de 2,26%.
S’agissant de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la contribution de la RDC aux échanges commerciaux a été élevée à 6,88% en 2023, contre 8,74% en 2022, soit une diminution de 1,86%.
En outre, dans le Groupe des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), la RDC a contribué aux échanges commerciaux estimés à 3,74% en 2023 contre 4,44% en 2022, soit une baisse de 0,7%, a-t-il indiqué. Le document a indiqué que la baisse généralisée de la contribution de la RDC aux échanges commerciaux intra-communautaires mesurée en pourcentage est due notamment, à la faiblesse des capacités productives, la reprimarisation de son économie consécutive à un faible niveau des exportations productives, un niveau d’industrialisation faible, la prépondérance des importations non productives, l’inefficacité des infrastructures économiques de base, un faible niveau d’investissement dans l’éducation et dans la recherche et développement, un faible niveau d’attractivité des investissements directs étrangers, une persistance d’une structure économique extravertie et désarticulée, et l’’absence des politiques stratégiques pro-croissance et pro-export.
«La RDC peut renforcer sa position au sein des organisations régionales telles que SADC Comesa, CEEAC, CAE, ZLECAF en offrant sur des marchés plus étendus des produits de qualités et diversifiés», a analysé M. Bussa.
L’économiste a également abordé des aspects liés au renforcement des capacités économiques congolaises, par un commerce international fort, la diversification des exportations productives et la présentation des opportunités économiques de la RDC, sont parmi tant d›autres aspects passés au crible par l’ auteur de la thèse. ACP/C.L.

