Guerre dans l’est : les intellectuels congolais appelés à fonder leurs analyses sur des faits

Kinshasa, 29 juillet 2026 (ACP).- Les intellectuels de la République démocratique du Congo (RDC) ont été appelés, mercredi, à fonder leurs analyses sur des faits établis afin de préserver la vérité, lors d’une tribune à Kinshasa.

« La République démocratique du Congo (RDC) est confrontée, au-delà des affrontements armés dans l’Est, à une guerre des récits influençant les perceptions internationales. La première victime de la guerre est la vérité. Dans les conflits contemporains, la mémoire devient souvent la seconde. Les intellectuels sont appelés à fonder leurs analyses sur des faits établis afin de préserver la vérité », a déclaré Eric Kamba.

Pour lui, le rôle des universitaires, chercheurs et experts ne consiste pas à établir un équilibre artificiel entre toutes les interprétations, mais à analyser les événements à la lumière de faits vérifiés.

« Cette responsabilité ne consiste ni à rechercher un équilibre artificiel entre toutes les thèses, ni à diluer les responsabilités au nom de la complexité. Elle consiste d’abord à éclairer les faits, à distinguer les responsabilités et à empêcher que le récit ne supplante la réalité », a-t-il affirmé.

Dans son ouvrage, l’auteur considère que la guerre qui touche l’Est de la RDC est également une bataille cognitive dans laquelle les discours peuvent influencer les politiques internationales, modifier les perceptions des partenaires étrangers et, dans certains cas, atténuer la responsabilité d’acteurs extérieurs.

Il a relevé que plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations Unies ainsi que des régimes de sanctions internationales ont documenté le soutien du Rwanda au mouvement rebelle M23, tout en observant que certaines analyses privilégient désormais des explications essentiellement centrées sur les facteurs internes de la crise.

Dans sa tribune, le chercheur a évoqué notamment les déclarations du professeur Bob Kabamba, formulées le 25 juillet 2026 sur CPL TV, tout en estimant que cette intervention met principalement l’accent sur les conflits fonciers, les rivalités communautaires, le rôle de l’Ouganda, la présence des FDLR ou encore les faiblesses de l’État congolais.

« Lorsque cette interprétation entre en contradiction avec des faits établis par des enquêtes indépendantes ou conduit à relativiser une agression documentée, elle doit pouvoir être soumise à une critique scientifique tout aussi exigeante », a-t-il soutenu.

Une lecture critique des explications internes de la résurgence du M23

Selon Eric Kamba, expliquer la résurgence du M23 principalement par des causes internes revient à confondre les facteurs structurels avec les éléments ayant favorisé le déclenchement et l’évolution du conflit.

L’analyste a estimé que les experts, universitaires, médias et centres de recherche exercent aujourd’hui une influence considérable sur la manière dont les conflits sont perçus à l’échelle internationale.

À ses yeux, la RDC doit poursuivre les réformes visant à renforcer la gouvernance, lutter contre la corruption et consolider les institutions, sans que ces efforts conduisent à relativiser les responsabilités extérieures lorsqu’elles sont établies.

Il a, en conclusion, appelé les intellectuels à défendre la rigueur scientifique comme fondement de toute analyse. « Dans la guerre des récits, défendre la vérité n’est pas un acte militant ; c’est une exigence scientifique et un impératif de souveraineté », a-t-il conclu. ACP/Mu

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