Guerre intestine au parti lumumbiste unifié : des exclusions en cascades

Kinshasa, 27 janvier 2024 (ACP).- Une guerre intestine qui ne dit pas son nom fait rage au Parti lumumbiste unifié (Palu), formation politique de feu le patriarche Antoine Gizenga, ancien Premier ministre de la République démocratique du Congo.

Depuis quelques jours, des exclusions en cascades, voire des fatwas sont brandies à l’encontre des uns et des autres membres de désormais factions antagonistes au sein dudit parti.

La première salve a été lancée mardi 23 janvier 2023 lorsque le secrétaire général du Palu, Willy Makiashi, a été destitué par des cadres, militantes et militants réunis lors d’un « congrès de la renaissance » et qui ont, à l’unanimité, voté pour cette décision, l’accusant de haute trahison et d’incompétence.

« Nous, signataires de la présente, décidons  de la destitution du camarade Willy Makiashi de ses fonctions de secrétaire général, chef du parti, pour haute trahison et incompétence notoire », avait indiqué un communiqué lu à Kinshasa par Robert Ngambi, secrétaire permanent adjoint.

Selon le document, les signataires ont imputé à Willy Makiashi « l’humiliation subie par (le parti) aux élections législatives nationales et provinciales du 20 décembre 2023 avec seulement 7 sièges à la députation nationale et 9 sièges à la députation provinciale sur l’ensemble du territoire national, faisant ainsi du Palu, qui hier était un parti d’avant-garde, un parti de la périphérie, du fait de l’absence totale d’un leadership fort et de la sélection des candidatures faite sur base de tripatouillage, de monnayage et autres considérations sentimentales ».

En outre, le secrétaire général déchu a été accusé par les cadres frondeurs d’avoir reçu de l’Union sacrée de la nation, plateforme politique qui a soutenu la candidature du Président Félix Tshisekedi lors des élections de décembre 2023, des « matériels de visibilité de la campagne électorale du candidat numéro 20, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, au nom du Parti lumumbiste unifié (Palu), mais curieusement ces matériels n’ont jamais été mis à la disposition des cadres du parti et personne n’en sait, à ce jour, la destination ».

Il a également été reproché à Willy Makiashi « l’asphyxie des organes du parti dont la permanence au profit d’une coterie familiale, avec comme conséquences l’inactivité, l’inefficacité, l’improductivité dans la conduite des affaires du parti », mais aussi « les intimidations et menaces injustifiées à l’endroit de certains cadres du parti ». 

En conséquence, le secrétaire général adjoint en charge des questions politiques, administratives et juridiques, Didier Mazenga, a été choisi pour assumer à la fois l’intérim comme secrétaire général et chef du Parti lumumbiste unifié et comme président du regroupement politique « Action des alliés de la convention et Parti lumumbiste unifié » (AAC/Palu) jusqu’à l’organisation du Congrès extraordinaire, annoncé « dans un bref délai », a conclu le communiqué.

Contre-attaque du camp Makiashi

En réaction, les membres du « bureau politique du parti » ont décidé, jeudi 25 janvier,non seulement de destituer de ses fonctions le secrétaire général adjoint Didier Mazenga, mais aussi de l’exclure définitivement du Palu.

« (…) Est exclu définitivement du Parti lumumbiste unifié (Palu), M. Mazenga Mukanzu Didier. Il lui est strictement interdit de faire usage des logos, drapeaux et tout autre insigne distinctif du Palu ni de porter la parole en son nom, en quelque circonstance que ce soit. Par conséquent, il est sommé de restituer sans délai tous les biens du parti qu’il détient par devers lui. Faute de s’exécuter, il sera exposé à des poursuites judiciaires », a-t-on lu dans un document signé par Willy Makiashi, secrétaire général.

Le bureau politique, qui a tenu cette réunion pourstatuer sur le dossier disciplinaire du ministre du Tourisme, dont les résultats électoraux ont été invalidés par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) pour des actes de fraude lors des élections générales du 20 décembre dernier, a estimé que les accusations portées contre son secrétaire général adjoint par la centrale électorale portent atteinte à l’image de marque du parti.

Dans l’entre-temps, la conférence des présidents du regroupement politique « Action des alliés de la convention et Parti lumumbiste unifié » (AAC/Palu) a apporté son soutien au secrétaire général Willy Makiashi, dans un document rendu public le mercredi 24 janvier.

« Nous, chefs des partis politiques membres du regroupement dénommé Action des alliés de la convention et Parti lumumbiste unifié, en sigle AAC/Palu, (nous sommes) réunis en session extraordinaire pour statuer sur la question montée de toute pièce de la fameuse destitution théâtrale et humoristique ainsi que nauséabonde de son président le Pr Willy Makiashi », a-t-on lu dans une correspondance dudit regroupement adressée à M. Mazenga.

« Le regroupement politique AAC/Palu réitère sa confiance à son président le Pr Willy Makiashi et demeure en total désaccord avec cette supercherie », a poursuivi le document, rappelant à Didier Mazenga que « l’action de désignation ou de destitution du président du regroupement politique AAC/Palu relève de la compétence exclusive de la conférence des présidents ».

Une énième querelle intestine

L’affrontement entre les clans Makiashi et Mazenga n’est qu’un nouvel épisode de la querelle intestine qui a élu domicile au sein du Palu depuis le décès de son fondateur, le patriarche Antoine Gizenga, suivie de celui de son fils et successeur Lugi Gizenga.

Début 2022, une guerre de succession avait éclaté entre deux ailes du Palu, représentées par Godefroid Mayobo et Willy Makiashi. Se réclamant secrétaire permanent statutaire, Godefroid Mayobo avait cependant été contesté, bien que détenant l’arrêté du ministre de l’Intérieur Gilbert Kankonde lui confiant la gestion du parti jusqu’à la tenue du congrès. 

Willy Makiashi avait, de son côté, saisi la justice et le ministre de l’Intérieur Daniel Aselo, qui avait succédé à Gilbert Kankonde. Le nouveau ministre de l’Intérieur lui avait donné raison, se fondant sur un arrêt de la Cour de cassation. Ainsi, les conclusions du congrès organisé par Godefroid Mayobo avaient été rejetées. A l’époque, Willy Makiashi avait bénéficié d’un soutien important de Didier Mazenga. ACP/KKP

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