Kinshasa, 22 juillet 2026 (ACP).- Une thèse doctorale soutenue, mercredi à l’Université pédagogique nationale (UPN) à Kinshasa, a recommandé une approche interdisciplinaire associant les dimensions psychologiques et spirituelles pour une meilleure prise en charge des troubles du comportement au sein des familles pastorales des églises de réveil en République démocratique du Congo(RDC).
« Les troubles du comportement ne résultent ni exclusivement de facteurs psychopathologiques ni uniquement de causes spirituelles. Ils apparaissent comme le produit d’interactions complexes entre des facteurs psychologiques, familiaux, sociaux, culturels et religieux », a déclaré la cheffe de travaux Lyly Ngalula, auteur de la thèse.
Inscrite dans le domaine de la psychopathologie sociale ainsi que de l’orientation scolaire et professionnelle, cette recherche vise à analyser les interprétations psychopathologiques et spirituelles des troubles du comportement au sein des familles pastorales et à proposer un modèle intégré d’interprétation et d’accompagnement des troubles du comportement dans les familles pastorales (MIIATCFP).
Les résultats de cette thèse ont révélé que les familles pastorales sont confrontées à plusieurs formes de troubles du comportement, notamment les troubles oppositionnels avec provocation, les troubles des conduites, les troubles anxieux, les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles de l’humeur, les troubles de l’adaptation, les conduites addictives, les comportements antisociaux ainsi que diverses formes de souffrance psychologique.
Selon la chercheure, ces difficultés trouvent souvent leur origine dans des traumatismes familiaux, des ruptures affectives, des deuils, des conflits éducatifs, des difficultés conjugales, ainsi que dans les pressions communautaires et les exigences propres au ministère pastoral.
Des interprétations spirituelles prédominantes
Les travaux ont également montré que les responsables religieux privilégient généralement des explications d’ordre spirituel, faisant référence notamment au combat spirituel, aux attaques démoniaques, aux malédictions, aux épreuves de la foi ou encore au péché.
La doctorante a estimé qu’une approche exclusivement spirituelle ou uniquement clinique ne permet pas d’appréhender toute la complexité de ces situations.
L’une des principales innovations de cette thèse réside dans la conception du Modèle intégré d’interprétation et d’accompagnement des troubles du comportement dans les familles pastorales (MIIATCFP), présenté comme un cadre d’analyse et d’intervention articulé autour de quatre axes, à savoir l’analyse multidimensionnelle des troubles, le discernement clinique et pastoral intégré, la décision d’orientation ainsi que l’accompagnement interdisciplinaire.
L’étude accorde une place centrale au psychologue-orienteur, appelé à travailler aux côtés du pasteur, du psychologue clinicien, du psychiatre, de l’assistant social et de la famille afin d’assurer une évaluation globale des situations, de faciliter l’orientation des personnes concernées et de favoriser leur réinsertion scolaire, sociale ou professionnelle.
Sur le plan pratique, la chercheure a recommandé le développement de partenariats entre les institutions de formation des pasteurs, les facultés de psychologie, les services d’orientation scolaire et professionnelle, les centres neuropsychologiques, les structures hospitalières ainsi que les pouvoirs publics.
Elle a également préconisé l’introduction de modules de psychopathologie, de santé mentale et d’orientation psychologique dans la formation des responsables religieux, tout en encourageant les professionnels de la santé mentale à intégrer davantage les dimensions culturelles et spirituelles dans leurs pratiques.
Après débat et délibération, Mme Ngalula a été proclamée docteur en psychopathologie sociale et orientation, avec mention, « grande distinction ». ACP/N/K

