La reconnaissance du génocide congolais : le combat de Tshisekedi (Par Freddy Mulumba)

Depuis plus de trente ans, la RDC est victime des guerres d’agression et des rébellions soutenues par le Rwanda et l’Ouganda. Ces guerres ont provoqué des millions de réfugiés internes, des massacres de millions de Congolais et des pillages de richesses. C’est dans ces conditions que le gouvernement congolais a institué la date du 2 août, journée de commémoration du génocide congolais, « Génocost ».

Ce génocide des Congolais est le résultat de 30 ans de guerres, de pillages et d’accaparement des terres congolaises menées par les armées rwandaise et ougandaise. À cet égard, cinq grandes guerres contre la RDC ont été menées, avec comme alibi la poursuite des génocidaires rwandais sur le sol congolais et la sécurisation des populations tutsies vivant au Congo. La première guerre du Congo, de 1996-1997, était en réalité, selon Charles Onana, « l’invasion masquée du Zaïre et le coup d’État contre Mobutu ». Sous prétexte de poursuivre les responsables du génocide rwandais présents dans les camps de réfugiés dans l’Est de la RDC, le Rwanda et l’Ouganda interviennent militairement sur le territoire zaïrois.

Lors de la deuxième guerre, de 1998 à 2002, les rébellions soutenues par le Rwanda et l’Ouganda s’installent dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et dans la Province-Orientale, dans les zones minières et pétrolières. Tout en continuant la stratégie de la guerre d’usure, le Rwanda va relancer la troisième guerre (2004-2009) contre le Congo en soutenant le CNDP de Laurent Nkunda, qui estime défendre les populations tutsies du Kivu et lutter contre la présence des groupes armés hutus, particulièrement les FDLR, tout en réclamant l’érection du territoire de Minembwe pour les Tutsis dans la province du Sud-Kivu.

Non satisfaits des réponses données par le gouvernement congolais, le Rwanda et l’Ouganda vont relancer une quatrième guerre (2012-2013). Cette fois-ci, la revendication change de nature. Dans les négociations de Kampala, le mouvement du M23 (transfuge du CNDP) réclame la gestion du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Haut-Uélé, du Maniema et du Tanganyika. L’implication des États-Unis d’Amérique va freiner leurs ambitions. Les rebelles du M23 trouvent refuge en Ouganda et au Rwanda. Cependant, ils laissent derrière eux une administration parallèle qui fait de cette partie de l’Est du Congo deux zones d’influence pour l’Ouganda et le Rwanda, soutiens des rébellions au Congo.

Enfin, la cinquième guerre du Congo est relancée par la résurgence du M23 avec la création de l’AFC (Alliance du Fleuve Congo) par l’ancien président Joseph Kabila. À partir de 2021, le mouvement du M23 reprend les armes dans le Nord-Kivu avec le soutien du Rwanda. Les rebelles du M23/AFC et l’armée rwandaise ont progressivement occupé la ville de Goma (janvier 2025), dans le Nord-Kivu, et les villes de Bukavu (février 2025) et d’Uvira (décembre 2025), dans le Sud-Kivu.

Malgré les accords de paix signés par les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi à Washington, sous la houlette du président Trump, les massacres de Congolais et les pillages des richesses du Congo continuent sous le silence des grandes puissances. En réalité, l’AFC/M23 a conservé des visées à la fois politiques, économiques et militaires, notamment l’expansion et la consolidation territoriales, l’enracinement de structures de gouvernance parallèles et la recherche d’une reconnaissance officielle par la voie de négociations. Le mouvement garde pour objectif ultime le renversement du gouvernement congolais, tout en envisageant, à titre d’alternative, l’établissement d’une région autonome dans l’est de la République démocratique du Congo, écrivent les experts des Nations unies.

Derrière toutes ces guerres, il se dessine la réalisation du projet d’implosion ou de balkanisation du Congo. La stratégie mise en place par le Rwanda et l’Ouganda, soutenus par certaines puissances et leurs multinationales, est simple : lors des attaques, les populations qui résistent sont tuées et celles qui ne veulent pas subir le même sort abandonnent leurs territoires, qui seront par la suite occupés par de nouvelles populations venant surtout du Rwanda. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de réfugiés congolais s’élève à 7,8 millions au dernier recensement de 2025.

Par ailleurs, le rapport de l’ONG Human Rights Watch du mois de juin 2026 sur la prise des villes de Goma, Bukavu, Uvira et Banananga est catégorique : « La mort était partout ». Détentions arbitraires, meurtres et recrutements forcés commis par le M23 et les Forces rwandaises de défense.

Face à cette tragédie, certains observateurs s’interrogent sur le nombre de Congolais tués par les armées rwandaise et ougandaise et leurs rebelles durant trente ans. Ici, les estimations du nombre de victimes congolaises dues à la guerre d’agression et d’occupation divergent. Pour l’IRC, les victimes dues à ces guerres s’élèvent à 5,4 millions, et cela pour une période allant de 1996 à 2007. Pour la secrétaire d’État Hillary Clinton, plus de 5 millions de morts sont directement liés à ces guerres, écrit-elle dans ses mémoires en 2014. Récemment, le président Trump a estimé à 8 millions le nombre de morts à la suite de ces massacres. Le pape François est allé plus loin. En 2023, il a parlé d’un génocide oublié.

Quels que soient les chiffres des victimes avancés par les uns et les autres, le peuple congolais attend que les tribunaux nationaux et internationaux jugent et condamnent les criminels impliqués dans ce génocide et reconnaissent enfin le génocide des Congolais, cheval de bataille du président Tshisekedi. À ce propos, le président Félix Antoine Tshisekedi, à travers son discours à la 80e session des Nations unies, a appelé la communauté internationale à reconnaître le génocide congolais. Freddy Mulumba Kabuayi

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