Kinshasa, 1er novembre 2026 (ACP).- Le gouvernement provincial du Sud-Kivu, une province de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), a condamné, dans un communiqué officiel parvenu dimanche à l’ACP, la déportation de la population civile de la localité de Katogota par l’armée rwandaise en complicité avec ses supplétifs du M23-AFC.
« Le Gouvernement provincial du Sud-Kivu condamne avec la plus grande fermeté la déportation des populations civiles de Katogota, engagée depuis la soirée du vendredi 30 octobre 2026 par les éléments du M23 rénové, supplétif de l’armée rwandaise. Il porte ces actes à la connaissance de l’opinion nationale et internationale comme un nouveau crime de la guerre que le Rwanda mène contre la République démocratique du Congo », a-t-on lu.
« Le Gouvernement provincial constate que les habitants de Katogota, localité du groupement d’Itara-Luvungi en territoire d’Uvira, sont contraints par la force d’abandonner leurs maisons, leurs terres et leurs biens. Ces familles rejoignent les nombreux civils que la guerre a déjà chassés de la plaine de la Ruzizi. Il leur adresse la solidarité de toute la province », a ajouté la source.
La localité de Katogota, a rappelé le communiqué, porte déjà le deuil du massacre du 14 mai 2000.
« Des troupes rwandaises et leurs supplétifs y avaient alors tué des centaines de civils, et les familles honorent chaque année la mémoire de trois cent soixante-quinze (375) victimes. Vingt-six ans plus tard, sur la même terre, le nom des supplétifs a changé et l’agression demeure. Le gouvernement provincial relève par ailleurs que ces actes prolongent une pratique documentée », a indiqué le document.
L’exécutif provincial du Sud-Kivu a également évoqué, dans son communiqué, un rapport déposé le 30 décembre 2025 où des experts des Nations unies ont décrit l’expulsion de civils de leurs terres par l’AFC/M23 dans les zones occupées du Nord-Kivu, puis le refus de leur en rendre l’accès.
La déportation de la population de Katogota, un crime contre l’humanité
« En juin 2025 déjà, Human Rights Watch documentait le transfert forcé de civils de Sake vers Goma, d’où nombre d’entre eux étaient déportés vers le Rwanda, et relevait que le contrôle exercé par Kigali sur ces territoires faisait du Rwanda une puissance occupante au regard du droit international humanitaire », a poursuivi le texte.
Se basant sur la quatrième Convention de Genève, en son article 49, lequel interdit les transferts forcés et les déportations de la population d’un territoire occupé, quel qu’en soit le motif. Le gouvernement provincial du Sud-Kivu qualifie cet acte d’un crime de guerre.
« L’évacuation temporaire que ce texte tolère, dans des conditions strictes, ne saurait servir de prétexte à l’occupant pour faire passer l’arrachement d’un peuple à sa terre pour une mesure de protection », a martelé le document.
Il a également fait savoir que le Statut de Rome de la Cour pénale internationale range ces actes parmi les crimes de guerre et en fait des crimes contre l’humanité lorsqu’ils s’inscrivent dans une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile.
Le Gouvernement provincial en tient pour responsables le Rwanda, puissance occupante, et ses supplétifs. Le Gouvernement provincial exige l’arrêt immédiat de ces déportations et le retour libre, sûr et digne des familles de Katogota dans leurs foyers.
Conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité, il réclame le retrait immédiat et sans condition des forces rwandaises du territoire national ainsi que le démantèlement des administrations parallèles illégitimes installées dans les zones occupées. Il appelle enfin les Nations unies et les organisations humanitaires à porter sans délai assistance aux familles déplacées. Le Gouvernement provincial invite les mécanismes d’enquête institués par le Conseil des droits de l’homme et le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale à inscrire les faits de Katogota dans leurs travaux, afin que les responsables, exécutants comme commanditaires, soient traduits en justice.
ACP/FW

