Luanda : ce que les Congolais doivent savoir (Par Jean Kenge)

Kinshasa, 13 mars 2024 (ACP).- Il y a deux semaines environ, le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a répondu à l’invitation de son homologue angolais Joao Lourenço, dans le cadre de la médiation dont ce dernier a la charge pour le compte du processus de Luanda.

Pour l’essentiel, l’opinion a retenu que le Chef de l’Etat a marqué son accord de principe pour une rencontre avec le Président rwandais. Sous réserve, naturellement, d’un certain nombre de conditions que les Congolais ont le devoir de ne pas oublier.

Premièrement : retrait sans conditions des troupes rwandaises du territoire de la RDC. Deuxièmement : désarmement et campement du M23. Troisièmement : Pas de brassage ou de mixage. Quatrièmement : pas de partage des ressources minières.

Des conditions qui constituent à coup sûr une course d’obstacles pour le régime rwandais. Aux dernières nouvelles, Paul Kagame s’est cependant empressé, après avoir effectué à son tour le déplacement de Luanda, d’adhérer au principe d’une rencontre avec Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

La question, dès lors, est de savoir pourquoi Kagame s’est précipité à adhérer au principe de cette rencontre, tout en sachant que Félix Tshisekedi ne transigera pas sur les conditions ainsi posées, de même qu’il ne reculera ni sur la poursuite de la montée en puissance de l’armée congolaise, ni sur le déploiement des troupes de la SADC sur le terrain des opérations.

En amont, on comprend  dès lors pourquoi Paul Kagame a tenu à engranger des gains supplémentaires sur le terrain, en capturant quelques localités de Rutshuru, dans l’espoir insensé de se présenter en position de force à la table des négociations, quand bien même ni Goma, ni Sake, ni aucune autre ville d’importance ne sont à compter au tableau de chasse du leader du pays des mille collines.

La réalité se trouve, en effet, ailleurs. Paul Kagame fait chaque jour qui passe les tristes comptes d’une vulnérabilité de plus en plus extrême. En voici la démonstration.

Il y a d’abord le facteur de la diplomatie agissante de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, dont les résultats sont comptés par beaucoup d’observateurs, avec pour objectif d’isoler de plus en plus le régime rwandais.  On l’a vu récemment à l’occasion du sommet de la CEEAC à Malabo ; à Bruxelles au cœur des institutions européennes où beaucoup de lignes ont bougé du côté des élus européens qui n’ont pas manqué de tancer la culture du pillage, du viol et des massacres du Président rwandais ; on l’a vu au forum diplomatique d’Antalya en Turquie, où Félix Tshisekedi a été l’une des principales attractions. Enfin, à l’Union africaine où le Conseil de paix et de sécurité vient d’adopter une résolution en faveur du soutien au déploiement des troupes de la SADC, au grand dam du pays des mille collines. Un épisode qui vient consolider le processus de l’isolement progressif du Rwanda entamé par la plupart de ses partenaires.

Une autre raison à la base de la précipitation de Paul Kagame, c’est que le Rwanda s’apprête cette année à affronter une zone de fortes turbulences avec la tenue en juillet 2024 des élections législatives et présidentielle, Paul Kagame étant candidat à sa propre succession pour un quatrième mandat de sept ans qui ne semble toujours pas agacer ses principaux soutiens et donneurs de leçons de démocratie. Mais c’est avec anxiété que Paul Kagame envisage cette zone de turbulences, sans savoir de quel côté proviendra la bourrasque entre ses ennemis internes qui se préparent et la pression de ses conflits permanents à l’externe. Ses partenaires, même s’ils ne le proclament pas toujours, exercent ces derniers jours une pression de plus en plus forte sur Kigali du fait des effets contre-productifs pour eux de ses croisades sanglantes en RDC.

Voilà pourquoi le dirigeant rwandais s’est empressé de souscrire au principe d’une rencontre avec Félix Tshisekedi. Non parce qu’il aurait des solutions concrètes à proposer, mais plutôt parce qu’il a besoin de desserrer l’étau qui l’étouffe. Avec l’accompagnement de ses mentors qui se préparent à exercer des pressions tous azimuts sur la RDC, ce processus suggère que Paul Kagame veut en réalité gagner du temps et user de ruse, enfariner, comme à son habitude, Kinshasa et la communauté internationale souvent complaisante à son égard. Une seule photo d’un face à face ou d’une poignée de mains suffira pour que l’homme fort de Kigali transforme la rencontre en triomphe. Le protocole devra ainsi veiller à ce que les discussions ne se déroulent que par l’intermédiaire du Président angolais et, au besoin, ne dégager qu’une seule photo officielle sur laquelle la médiation et les deux parties se seront mises d’accord…

Comme nous n’avons jamais cessé de le dire, la vigilance et la fermeté devront être de mise côté congolais.  On sait à quel point le mensonge, la duplicité, le pillage et les massacres sont une composante essentielle du mode de vie des Rwandais. On sait aussi à quel point certains parmi les ténors de la communauté internationale sont déterminés à accompagner l’honorable dictateur jusqu’au péril de leur vie. Les raisons sont multiples et déjà connues des Congolais. Elles vont des pantalonnades qui ont mal tourné avec des sirènes rwandaises à la mise en scène des éléments du génocide de 1994 et du pillage des ressources de la RDC. Tous ces éléments qui constituent le soubassement du chantage du régime rwandais sur certaines élites européennes notamment, devront à toutes fins utiles être documentés par les services congolais. Il y a aussi la question de la levée du moratoire sur la peine de mort et de la détermination de nos autorités face au dossier de l’accord de coopération russo-congolais.

Il reste, comme nous le disions dans l’une de nos récentes éditions, que les Congolais sont un peuple paradoxal. Même les évidences les « plus évidentes », pour ainsi dire, ne les convainquent pas. Non dans le cadre d’un doute méthodique somme toute normal mais, tout simplement, parce que leur raisonnement est constamment tenté par des considérations terre à terre et triviales.

C’est l’occasion de suggérer que le Chef de l’Etat parle à la nation avant de se rendre à la rencontre projetée. Non pas pour en révéler certains détails qui doivent demeurer cachés, mais plutôt pour en fixer la portée, l’horizon à atteindre et les limites à ne jamais dépasser. Cet exercice présidentiel sera destiné à lever les équivoques, à favoriser la cohésion des Congolais autour des objectifs communs et à apaiser les esprits dans l’objectif de la défense de l’intégrité du territoire et de la souveraineté nationale. ACP/

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