Mme Suminwa avait raison (Pierre Matadi)

Kinshasa, 13 mai 2024 (ACP).- Le ciel politique de la République démocratique du Congo est nuageux au matin de cette nouvelle semaine, rappelant à tous et à chacun cette prémonition de la Première ministre Judith Suminwa qui s’adressait aux ténors de l’Union sacrée de la nation au lendemain de sa nomination: « Ne me faites pas tarder ».

Les observateurs avertis du microcosme politique du pays de Lumumba placent cette semaine, au regard des enjeux du moment, sous le signe de la « guerre de postes », accréditée par la litanie de déclarations politiques déversées dans les médias le week-end par des acteurs politiques « aigris ».
Des messages adressés – et c’est une tradition depuis les années Mobutu – -à « l’opinion tant nationale qu’internationale » pour une affaire qui peut se régler à l’interne.

Toute cette énergie à revendre, pour compter parmi les sept membres au perchoir du bureau définitif de l’Assemblée nationale.
Des linges sales qui devaient se laver en famille sont étalés à ciel ouvert !
Tout est parti de la publication, via les réseaux sociaux, du procès-verbal sanctionnant une réunion du Présidium de l’Union sacrée consacrée à la finalisation du ticket de la Majorité à ce bureau, les derniers primaires ne s’étant arrêtés qu’au « juteux » poste de président de la Chambre basse du Parlement.

« Les commentaires et analyses qui s’en sont suivis semblent indiquer que, de ce fait, l’Union sacrée de la nation aura ouvert la boîte de Pandore qui ne dit pas son nom », a commenté un membre de la coalition majoritaire au sein de cette Institution joint dimanche par l’ACP.

Du coup, des voix dissonantes au sein de ce méga-regroupement que l’on croyait soudé ont tenu des discours allant dans tous les sens, de la géopolitique, à la généalogie ainsi qu’au passé politique des animateurs du présidium.
« Cela ne laisserait-il pas entrevoir l’intrusion des loups dans la bergerie ? », s’est interrogé par ailleurs l’interlocuteur de l’ACP.

Des années Mobutu à l’avènement de Félix Tshisekedi, en passant par le pouvoir des Kabila, la classe politique congolaise a habitué le peuple à ce genre de spectacle : des disputes autour des postes au moment de grands enjeux. Disputes allant jusqu’aux reniements et à la dissidence.
De quoi comprendre, sans trop de gymnastique intellectuelle, le nombre accrue des partis (près de 1.000) et regroupements politiques de la République.

Il suffit de les approcher pour retrouver des coquilles vides venues remplir le rang pour une place au soleil de la classe politique congolaise, et ça ne s’arrête que là.
Ce comportement dont l’homme politique congolais semble détenir le monopole est malheureusement dans son ADN, tellement il a difficile à devenir « Homme d’Etat », a-t-on fait remarquer.

Démocratiquement parlant, les partis et regroupements politiques ont pour socles des statuts et textes réglementaires opposables à tous les membres.

« Ignorer les décisions du présidium signifie que l’on voudrait transformer l’Union sacrée en navire sans gouvernail », a indiqué de son côté un autre analyste.

Gloutonnerie

Le peuple n’a pas besoin de cette scène désolante, de déclarations tonitruantes.
Son souci premier hic et nunc est que l’Assemblée nationale soit opérationnelle le plus vite possible pour investir le futur gouvernement Suminwa appelé à « mettre ses troupes au travail, assurer la discipline, l’ordre et la cohésion au sein du gouvernement, rassurer la population ».

Mme Suminwa avait vu juste. Le temps vient de lui donner raison. Elle avait bien fait d’ identifier le problème: la gloutonnerie d’une classe politique accrochée aux intérêts personnels en lieu et place de l’avenir du pays.

Mme Suminwa avait posé le bon diagnostic. Des querelles de positionnement allaient plomber le processus de mise en place du gouvernement. On y est pieds et poings liés.

En démocrate et respectueux des textes, le président de la République s’est placé au dessus de la mêlée, mettant la classe politique au pouvoir devant ses responsabilités. Le spectacle est désolant.

« Le dur reste à venir », a conclu un analyste, estimant qu’à un moment donné, le jeu politique doit céder la place à la gouvernance saine du pays.
ACP/

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