Kinshasa, 6 juin 2026 (ACP).- La politique fiscale face à l’impératif du développement socio-économique de la République démocratique du Congo (RDC) de 2010 à 2024, a fait l’objet d’une soutenance de thèse doctorale, samedi à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa.
«Consacrée à la Politique fiscale face à l’impératif du développement socio-économique de la République démocratique du Congo de 2010-2024, Bilan et Perspectives, cette thèse démontre que la politique d’incitation fiscale mise en œuvre par l’Etat congolais repose sur une stratégie intemporelle. Durant la phase d’installation et d’investissement initial, les entreprises bénéficient d’exonérations fiscales et parafiscales destinées à réduire le coût d’entrée, sécuriser les capitaux et encourager l’implantation productive», a déclaré le chef de travaux Emmanuel Mukamba, auteur de la thèse.
«Cette phase se traduit à court terme, par une moindre mobilisation des recettes susceptibles d’alimenter la critique d’un manque à gagner fiscal. Toutefois, cette apparente perte doit être appréhendée comme un investissement fiscal différé dont les effets se matérialisent à moyen et long termes», a-t-il ajouté.
M. Mukamba a indiqué que l’analyse comparative des performances de la Direction générale des impôts (DGI) et de la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), sur une période de 15 ans, révèle une progression significative et soutenue des recettes mobilisées par la DGI.
«Elle s’explique par la sortie d’un nombre croissant d’entreprises des régimes préférentiels et par l’extinction d’avantages fiscaux temporaires. Intégrant pleinement le régime fiscal de droit commun, ces entreprises s’acquittent de la TVA, de l’Impôt sur les bénéfices et profits et d’autres taxes», a-t-il expliqué.
Budget en hausse, mais gouvernance décisive
Selon le chef de travaux Emmanuel Mukamba, l’étude a mis en évidence une augmentation significative des budgets prévisionnels et exécutés entre 2017 et 2024, reflétant la montée en puissance des régies financières et des unités productives du pays.
«Cette évolution offre à l’État des marges budgétaires plus importantes pour financer des secteurs prioritaires tels que la santé, les infrastructures, l’éducation et la protection sociale», a-t-il expliqué.
Toutefois, le chercheur a souligné que l’amélioration des recettes publiques ne garantit pas automatiquement un développement durable.
«La transformation effective de cette hausse des recettes en progrès socio-économique durable dépend fondamentalement de la qualité de l’allocation budgétaire, de la rigueur dans l’exécution des dépenses publiques et de la gouvernance», a-t-il averti.
La thèse met également en lumière une faiblesse du système fiscal congolais. Selon l’auteur, le gouvernement ne publie pas les données relatives au coût des exonérations douanières et des incitations fiscales, ce qui entretient une certaine opacité. Cette situation limite l’accès des décideurs publics et des contribuables à des informations essentielles sur l’efficacité de ces mesures, leur coût réel ainsi que les bénéficiaires effectifs.
En conclusion, Emmanuel Mukamba a estimé que la prépondérance croissante de la DGI traduit un recentrage stratégique de la politique fiscale congolaise sur la mobilisation des ressources internes.
«Cette orientation permet à l’État de disposer de recettes plus stables, prévisibles et durables pour soutenir le développement socio-économique du pays», a-t-il soutenu.
À l’issue de la soutenance, marquée par les échanges avec les membres du jury et les délibérations, Emmanuel Mukamba a été proclamé docteur en sciences politiques et administratives avec la mention «la plus grande distinction». ACP/

