Kinshasa, 14 février 2026 (ACP).- Les compliments et les blâmes, particulièrement dans le domaine éducatif et professionnel en République démocratique du Congo, ont fait l’objet d’une soutenance de thèse doctorale, samedi, à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa.
« Être évaluateur de par sa nature, l’homme fait usage tantôt des compliments tantôt des blâmes à l’endroit des sujets sous sa responsabilité. Bien que perçus comme antinomiques, de par leur essence et leur sens respectifs, mais aussi, eu égard à leurs causes et effets immédiats, l’acte complimenteur et l’acte de blâme sont en réalité complémentaires en éducation et en management des ressources humaines. De fait, les deux rétroactions qui reposent sur le même fondement qui est triple +juridico-moral, socio-axiologique et psychosocial+, portent sur les mêmes paramètres chez l’allocutaire +le paraître, l’être, l’avoir, l’agir et le sort+ et ont, outre des fonctions spécifiques, certaines fonctions en commun », a fait savoir le chef de travaux Charles Tshibangu, auteur de la thèse.
« Les ressources linguistiques et discursives mobilisées pour la réalisation de l’un et de l’autre acte sont grammaticalement de même nature et de même fonction, mais nettement opposées du point de vue sémantique, axiologique et prosodique, le compliment étant marqué méliorativement et le blâme péjorativement. En effet, chacun a un rôle spécifique: tandis que le compliment fait le motivateur par l’exaltation des valeurs partagées et la récompense des mérites, le blâme fait le garde-fou par la défense de ces mêmes valeurs et la désapprobation des démérites », a-t-il ajouté.
Le récipiendaire a martelé sur l’urgence de corriger ce mimétisme aveugle en éducation et en management, car la prodigalité en blâmes comme l’avarice en compliments se répercute sur l’évaluation en milieu scolaire et sur le traitement en milieu professionnel.
« En effet, la tendance à taire ou à ignorer les mérites de l’autre et à ouvrir grand les yeux sur ses fautes et erreurs expliquerait, à notre avis, la mauvaise cotation des apprenants d’une part et, d’autre part, la mauvaise rémunération, voire le manque de promotion des travailleurs méritantes. En fait, la connaissance des mérites crée ipso facto des obligations morales qu’il faut être prêt à assumer », a-t-il fait savoir.
Cette étude a révélé que le compliment et le blâme présentent de si grandes divergences que l’on pourrait conclure, en première analyse, à l’incompatibilité de ces deux actes expressifs en éducation et en management.
Quant aux ressources linguistiques, cette étude a démontré qu’en mode explicite, le compliment est réalisé par l’usage des performatifs y afférents, tandis que le blâme ne sollicite guère des performatifs, étant davantage marqué par le non verbal et les facteurs prosodiques, notamment la tonalité négative et l’accent d’intensité.
« Ceci renvoie à la distinction faite par Dell Humes au sujet du facteur Key dans son modèle speaking, où il distingue trois tonalités en communication: +la tonalité positive, la tonalité neutre et la tonalité négative+ », a conclu le chef de travaux.
Après débat et délibération à huis-clos, Charles Tshibangu a été proclamé Docteur en lettres et civilisation françaises avec mention « la plus grande distinction ». ACP/C.L.

