Kinshasa, 5 juillet 2026 (ACP).- Une expertise scientifique multidisciplinaire avant l’enfouissement immédiat d’une baleine échouée sur les côtes de Muanda, dans la province du Kongo Central (sud-ouest de la République démocratique du Congo) a été recommandée dimanche par le Professeur Docteur Malick Muamba Tshibangu,expert en environnement, développement durable et gouvernance environnementale lors d’un entretien.
« Une baleine morte n’est pas un simple déchet biologique dont il faut se débarrasser rapidement. Elle constitue une véritable archive scientifique de l’océan, renfermant des informations essentielles sur la biodiversité marine, les changements climatiques, la pollution, les maladies émergentes et l’état écologique de nos eaux territoriales », a déclaré le Professeur Muamba.
Selon lui, toute décision d’enfouisssement devrait être précédée d’une identification de l’espèce, d’une nécropsie lorsque cela est nécessaire, de prélèvements biologiques, toxicologiques et génétiques, ainsi que d’une évaluation de l’intérêt scientifique, écologique et patrimonial de la carcasse.
« Enterrer une baleine sans avoir exploité son potentiel scientifique revient à enfouir une bibliothèque entière avant d’en avoir consulté les ouvrages. Chaque spécimen représente une source exceptionnelle de connaissances au service de la science, de la conservation et de la gouvernance environnementale », a-t-il expliqué.
Une opportunité scientifique pour la RDC
Le Professeur Muamba a estimé que l’échouage d’une baleine constitue un événement scientifique rare pour la République démocratique du Congo, dont le littoral demeure encore insuffisamment documenté en matière de mammifères marins.
« Notre pays possède une façade maritime modeste, mais stratégiquement importante. Chaque échouage représente une opportunité unique de renforcer l’inventaire national de la biodiversité marine, d’améliorer les connaissances océanographiques et de consolider les capacités scientifiques nationales », a-t-il indiqué.
Il a ajouté que les ossements d’une baleine peuvent être conservés pendant plusieurs décennies afin d’alimenter les collections des universités, des musées d’histoire naturelle et des centres de recherche, tout en servant à la formation des étudiants et à la sensibilisation du public sur la conservation des écosystèmes marins.
Une gouvernance fondée sur la science
L’expert a également salué les réformes engagées par le Gouvernement de la République dans le secteur environnemental sous l’impulsion du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, de la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka et de la Ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat, la Professeure Marie Nyange Ndambo.
« La gouvernance environnementale moderne repose sur des décisions éclairées par la science. Les interventions sur les espèces marines protégées doivent s’inscrire dans des protocoles techniques garantissant à la fois la protection de la santé publique, la conservation de la biodiversité et la valorisation du patrimoine scientifique national », a-t-il souligné.
Selon lui, cette approche renforcerait la crédibilité de la RDC dans les grandes initiatives internationales consacrées à la biodiversité marine et à l’économie bleue.
Des pratiques déjà éprouvées à l’échelle internationale
Le Professeur Muamba a rappelé que plusieurs pays disposent déjà de protocoles scientifiques avant toute élimination d’une baleine échouée.
Au Brésil, les interventions associent les autorités maritimes, les universités et les centres spécialisés afin de réaliser des analyses biologiques complètes avant toute décision de gestion de la carcasse.
Aux États-Unis, les équipes coordonnées par la NOAA procèdent systématiquement à des examens scientifiques destinés à enrichir les bases nationales de données sur les mammifères marins.
En Australie et en Afrique du Sud, les carcasses présentant un intérêt scientifique font l’objet de prélèvements, de recherches approfondies et, dans certains cas, de la conservation de leurs squelettes à des fins muséales ou académiques.
Plaidoyer pour un protocole national de gestion des cétacés échoués
Le Professeur Muamba a plaidé pour l’élaboration d’un Protocole national de gestion des mammifères marins échoués, définissant les procédures d’intervention, les responsabilités institutionnelles et les étapes scientifiques obligatoires avant toute décision d’inhumation ou d’élimination.
Il a proposé la création d’une cellule nationale d’intervention rapide regroupant les services du ministère de l’Environnement, les chercheurs, les universités, les autorités maritimes ainsi que les partenaires scientifiques.
« La RDC dispose aujourd’hui d’une occasion historique de faire de chaque événement exceptionnel un levier de production de connaissances scientifiques et de consolidation de sa souveraineté environnementale. Une baleine échouée ne doit pas être perçue comme un problème à faire disparaître, mais comme une opportunité nationale de recherche, d’innovation et de conservation », a conclu ‘expert en environnement.
ACP/GN

