Lubero, 27 juin 2026 (ACP).- Les conflits fonciers récurrents en territoire de Lubero, au Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, ont pour origine les transformations historiques de la gestion coutumière des terres, notamment durant la colonisation, selon les sources administratives approchées samedi par l’ACP.
« A l’origine, les terres appartenaient au chef terrien appelé « Mukama ». C’est celui-ci qui attribuait les terres agricoles aux demandeurs moyennant une redevance annuelle. Les bénéficiaires, appelés Vasoki, étaient des gardiens ou locataires des terres », a expliqué Mbusa Visando Grâce, chef adjoint du quartier 30 Juin de Lubero-Centre.
Selon ce cadre de base intéressé par les questions foncières, le gardien locataire de terres pouvait également concéder une partie de la terre qui lui avait été attribuée à d’autres exploitants, toujours moyennant une redevance annuelle, sans que cela ne provoque de litiges majeurs.
« À cette époque, les conflits fonciers étaient quasiment inexistants », a-t-il affirmé comme pour déplorer la prolifération des disputes liées à la terre suite à l’amour de l’argent. Mbusa Visando Grâce attribue la naissance des conflits à la période coloniale, lorsque l’ouverture de plusieurs sites miniers avait entraîné le départ de nombreux chefs terriers vers ces centres d’exploitation.
» Profitant de la longue absence du chef terrien parti dans l’exploitation minière, certains gardiens locataires de terre « Vasoki » se sont progressivement comportés en véritables chefs terriens, allant jusqu’à s’autoproclamer Bami et à gérer les terres comme leurs propres biens ».
À la suite de la fermeture de plusieurs sites miniers après l’indépendance de la République démocratique du Congo, les descendants des véritables chefs terriers sont revenus dans leurs villages pour revendiquer leurs droits coutumiers, provoquant ainsi des contestations sur la propriété et la gestion des terres.
Dans plusieurs localités de Lubero, certains de ces faux chefs coutumiers auraient procédé au lotissement et à la vente de nombreuses terres, compliquant davantage la situation foncière.
La gestion des conflits fonciers relève des chefs terriens, des chefferies et des groupements. Cependant, dans la pratique, ces dossiers sont souvent portés devant les tribunaux, qui ne disposent pas toujours de toutes les connaissances historiques nécessaires. À cela s’ajoutent des difficultés telle que la corruption.
Mbusa Grâce a indiqué que la majorité des terres agricoles de Lubero et de ses environs sont désormais passées entre les mains de particuliers.
« Les anciennes terres agricoles ont, pour beaucoup, été loties ou vendues. Le système traditionnel de redevance a pratiquement disparu et les conflits sont désormais tranchés par les tribunaux, tandis que les chefs terriers sont progressivement écartés de la gestion foncière ».
ACP/KJ/Kms

