Kinshasa, 08 septembre 2026 (ACP).- La modernisation de la gouvernance cartographique et géospatiale après l’adoption de résolution « Correct the Map » en engageant une réflexion nationale en la matière en République démocratique du Congo (RDC) a été recommandée lundi lors d’un entretien à Kinshasa par le Professeur Malick Muamba , spécialiste de l’environnement.
«La RDC devrait tirer parti de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution « Correct the Map » pour engager une réflexion nationale sur la modernisation de sa gouvernance cartographique et géospatiale.Adoptée le 4 septembre 2026 par 164 voix pour, une contre et six abstentions, cette résolution, portée par le Togo au nom du Groupe africain, encourage une représentation cartographique plus fidèle aux superficies réelles des continents, notamment à travers l’utilisation de projections à superficies équivalentes telles que la projection « Equal Earth »,a déclaré le Professeur Docteur Malick Muamba Tshibangu, expert en environnement.
Selon le professeur Muamba , cette décision ne doit toutefois pas être interprétée comme une modification des superficies territoriales ou des frontières de la RDC.
« Il ne s’agit pas de changer la superficie de la République démocratique du Congo, encore moins celle de ses provinces, territoires ou secteurs. Il s’agit de corriger la manière dont nous représentons et mesurons notre territoire sur les supports cartographiques », a-t-il expliqué.
Pour cet universitaire, l’enjeu dépasse ainsi la simple représentation graphique du territoire et doit conduire la RDC à renforcer la gouvernance de ses données géospatiales.
Il recommande notamment la mise en place, sous la coordination de l’Institut géographique du Congo, d’un Référentiel géospatial national de la RDC, destiné à harmoniser les systèmes de coordonnées, les projections cartographiques, les normes de précision et les méthodes de calcul des superficies utilisées par les différentes administrations publiques.
« La RDC ne doit pas simplement changer de carte. Elle doit profiter de cette dynamique internationale pour fiabiliser ses données territoriales, environnementales, forestières, minières et foncières. Chaque kilomètre carré du territoire national doit pouvoir être géoréférencé, mesuré, documenté et administré selon des normes scientifiques communes », a-t-il déclaré.
Le spécialiste de l’environnement préconise également la réalisation d’un audit géospatial national des superficies, portant notamment sur les 26 provinces, les territoires, les secteurs et chefferies, les aires protégées, les concessions forestières, les concessions minières, les Concessions forestières des communautés locales (CFCL) ainsi que les autres espaces faisant l’objet d’une gestion ou d’un statut juridique particulier.
Cette démarche permettrait, selon lui, de distinguer clairement la superficie juridique d’un espace, sa superficie géométrique calculée à partir de coordonnées géographiques fiables et sa représentation cartographique selon la projection utilisée.
« Il faut éviter de confondre projection cartographique et datum géodésique. Equal Earth est une projection destinée notamment à représenter correctement les superficies ; elle ne constitue pas, à elle seule, un nouveau datum national. La RDC doit donc procéder à une analyse technique avant toute décision de normalisation », a-t-il souligné.
Dans le domaine forestier, le Professeur Docteur Malick Muamba Tshibangu estime que cette modernisation pourrait contribuer à réduire les divergences entre les données administratives et les données SIG relatives aux concessions forestières, aux CFCL, aux aires protégées et aux autres espaces forestiers.
Proposition de la création d’un groupe technique national spécialisé dans le domaine géographique
L’expert en environnement a proposé, à cet effet, la création d’un groupe technique national réunissant notamment l’Institut géographique du Congo, le ministère de l’Environnement et Développement durable, la Direction du Cadastre forestier, les services chargés de l’aménagement du territoire, du cadastre, des mines, de l’agriculture et les institutions universitaires spécialisées dans les sciences géographiques et environnementales.
« L’objectif ne doit pas être d’abandonner toutes les projections actuellement utilisées. Chaque projection possède son domaine d’application. Il faut plutôt définir, au niveau national, quelle projection doit être utilisée pour quel usage : navigation, cartographie générale, calcul des superficies, cadastre, environnement, foresterie, aménagement du territoire ou production d’atlas », a-t-il précisé.
Pour le Professeur Docteur Malick Muamba , la résolution « Correct the Map » constitue ainsi une opportunité pour la RDC de passer d’une logique de simple production de cartes à une véritable politique nationale de gouvernance géospatiale.
« Corriger la carte doit nous conduire à corriger également la gouvernance de nos données territoriales et environnementales », a-t-il conclu.
L’adoption de la résolution « Correct the Map » a été saluée par l’Union africaine comme une avancée permettant de promouvoir une représentation du continent fondée sur des réalités géographiques scientifiquement établies. Le texte ne modifie toutefois ni les frontières, ni le statut, ni la reconnaissance territoriale des États. ACP/GN

