Beni, 10 septembre 2026 (ACP). – Une réduction des cas de résistance à la riposte contre Ebola est observée dans des entités sanitaires de Beni, au Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), depuis l’intégration des leaders communautaires et des autorités locales dans la sensibilisation, a constaté jeudi ACP.
« Nous avons invité les leaders communautaires et les chefs de base des quartiers Pasisi, Budji, Kasanga-Tuha et Mambango à une séance de sensibilisation pour stopper l’agression des équipes sanitaires lors des enterrements. Nous avons choisi localement des jeunes de Pasisi et Kasanga-Tuha pour former une équipe d’Enterrement digne et sécurisé (EDS) afin de briser la résistance régulièrement observée au cimetière de Mubombi », a expliqué Serge Muhindo, secrétaire administratif du quartier Pasisi.
L’implication de ces jeunes dans le service funèbre permet désormais aux inhumations de se dérouler dans la quiétude, rétablissant la confiance parmi la jeunesse dont le déni face à la maladie faiblit.
Cette stratégie locale répond directement aux erreurs des épidémies passées, où l’exclusion des proches dans le deuil avait cristallisé les tensions.
Une intégration saluée par les forces vives
Cette intégration au sein du pilier EDS a suscité la satisfaction des structures de la société civile. C’est le cas de Jurés Mukongoli, président des forces vives de la commune de Bungulu, pour qui un encadrement rigoureux de ces jeunes est essentiel.
« Les jeunes de ces quartiers se sont engagés dans le pilier de l’inhumation digne et sécurisée. Nous espérons que la résistance ne sera plus d’actualité », a déclaré M. Mukongoli.
Il a toutefois alerté sur la nécessité d’une prise en charge effective de ces engagés pour éviter tout risque de résurgence des tensions.
De son côté, le Parlement des Jeunes de Beni a condamné fermement toute forme de violence ou de désinformation dirigée contre le personnel soignant, rappelant que « la résistance met des vies en danger tandis que la solidarité sauve notre communauté ».
Le dialogue social, socle de la sensibilisation
Les relais communautaires engagés au quartier Budji ont privilégié le dialogue social pour désamorcer les menaces de petits groupes. Grâce à cette approche non violente, les sensibilisateurs ont repris leurs activités en toute sécurité.
« Pour éviter les attaques, certains relais avaient suspendu leurs mouvements. Après accord avec la population, ils reprennent du service avec une spécificité : chacun travaillera désormais dans sa cellule de base où il est bien connu », a rassuré Bénédicte Isaac, cadre de la Cellule de communication des risques et engagement communautaire (CREC) de Beni.
Témoignages et réduction des délais de laboratoire
Pour vaincre les réticences, les survivants d’Ebola participent activement aux sensibilisations en partageant leur expérience au sein des Centres de traitement d’Ebola (CTE). Leur parole est cruciale pour déconstruire le mythe du CTE comme « lieu de fin de vie » et démontrer l’efficacité des soins précoces.
Par ailleurs, l’installation d’un laboratoire moderne à Beni a permis de résoudre un problème critique du passé : les délais d’attente.« Désormais, les résultats sont disponibles en moins de 48 heures, ce qui renforce la confiance entre la population et l’équipe de riposte », expliquent les relais communautaires, qui intensifient la surveillance par des visites à domicile en porte-à-porte.
La résistance communautaire a historiquement constitué l’un des plus grands défis de la lutte contre les épidémies d’Ebola au Nord-Kivu, en particulier lors de la dixième épidémie (2018-2020) qui a durement frappé la région de Beni et de Butembo.
Cette évolution marque un tournant majeur dans une région où les équipes sanitaires ont longtemps fait face à de violentes hostilités, alimentées par une méfiance historique liée à l’insécurité et au choc des protocoles médicaux avec les rites funéraires locaux.
ACP/KaS/kms

