Baleine  échouée à Muanda : un professeur préconise la préservation du patrimoine zoologique congolais

Kinshasa,6 juillet 2026(ACP).-La nécessité d’une réflexion scientifique approfondie pour préserver le patrimoine zoologique a été évoquée par un professeur autour de la mort récente d’une baleine échouée sur la côte atlantique de Muanda, dans la province du Kongo Central(Sud -ouest de la République démocratique du Congo) lors d’un entretien lundi avec l’ACP.

«La mort récente d’une baleine échouée sur la côte atlantique de Muanda, dans la province du Kongo Central, devrait susciter, au-delà de l’émotion et des préoccupations sanitaires légitimes, une réflexion scientifique approfondie sur la conservation du patrimoine zoologique de la RDC», a déclaré le Professeur Ngbolua Koto-Te-Nyiwa, Secrétaire général chargé de la Recherche à l’Institut supérieur des techniques médicales de Kinshasa (ISTM -Kinshasa) 

Le biologiste Ngbolua a fait savoir que «Selon les informations disponibles, ce cétacé, dont la longueur a été estimée entre 10 et 12 mètres, a été évacué en vue de son inhumation. Les causes exactes de sa mort n’étaient pas encore officiellement établies au moment des premières communications publiques.

En zoologie, la conservation de spécimens morts constitue un outil fondamental pour la recherche scientifique, l’enseignement universitaire et la documentation de la biodiversité».

Il a poursuivi que les collections zoologiques de référence permettent notamment de conserver durablement des informations sur la morphologie, l’anatomie, la taxonomie, la génétique, la biogéographie, l’écologie et l’évolution des espèces.

Un spécimen animal rare selon lui, ne devrait donc pas être considéré uniquement comme une carcasse dont il faut se débarrasser. Après la prise en compte indispensable des exigences sanitaires et de biosécurité, il peut devenir une véritable archive biologique au service des générations présentes et futures de chercheurs.

 Le cas de baleine de Muanda jugé important

Par ailleurs, le Secrétaire général chargé de la Recherche à l’ISTM -Kinshasa a indiqué que le cas de la baleine de Muanda est particulièrement important.

 «La présence d’un grand cétacé sur les côtes congolaises constitue une opportunité scientifique exceptionnelle. Avant toute destruction ou enfouissement définitif, une expertise multidisciplinaire aurait pu permettre de procéder à l’identification taxonomique précise de l’espèce, à la détermination du sexe et de l’âge approximatif de l’animal, à la réalisation d’une autopsie scientifique, à la recherche des causes probables de la mort ainsi qu’au prélèvement et à la conservation d’échantillons de tissus, d’organes, de parasites et de matériel génétique»,a-t-il expliqué.

Au-delà de ces investigations, le squelette du cétacé pourrait, après préparation selon des protocoles scientifiques et sanitaires appropriés, être conservé dans une collection zoologique nationale de référence.

 Il constituerait a -t- il dit, un matériel exceptionnel pour l’enseignement de la zoologie, de l’anatomie comparée, de la biologie évolutive, de l’écologie marine et de la conservation de la biodiversité.

«La constitution et l’enrichissement des collections mortes représentent un enjeu majeur pour le développement scientifique d’un pays. Les grandes institutions scientifiques et muséales du monde ont bâti une partie importante de leurs connaissances sur la biodiversité grâce à des collections zoologiques accumulées pendant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. Ces collections permettent aujourd’hui encore de réaliser des recherches utilisant des technologies qui n’existaient pas au moment de la collecte des spécimens, notamment les analyses génétiques et génomiques, la morphométrie avancée, l’étude des contaminants environnementaux et certaines approches de paléobiologie et de biologie évolutive»,a signifié le biologiste.

La RDC un des principaux réservoirs mondiaux de biodiversité 

La RDC selon le professeur Ngbolua, est reconnue comme l’un des principaux réservoirs mondiaux de biodiversité, elle devrait renforcer davantage ses propres collections scientifiques nationales.

Chaque spécimen rare ,a -t- il soutenu, constitue potentiellement une source irremplaçable d’informations scientifiques.

«Il serait donc souhaitable que l’Institut congolais pour la conservation de la nature réexamine, lorsque les conditions techniques et sanitaires le permettent encore, l’approche consistant à privilégier exclusivement l’enfouissement de ce spécimen. Une concertation avec les universités, les zoologistes, les biologistes marins, les vétérinaires, les anatomistes, les écologues, les généticiens et les spécialistes de la conservation pourrait permettre d’évaluer scientifiquement les possibilités de valorisation de tout ou partie du spécimen»,a -t- il suggeré.

Le biologiste a plaidé aussi  pour la mise en place d’une approche intégrée conciliant santé publique, biosécurité, recherche scientifique, enseignement et préservation du patrimoine naturel.

Et l’événement de Muanda devrait ainsi servir de point de départ à une réflexion nationale plus large sur la création ou le renforcement d’un Muséum national d’Histoire naturelle et de collections biologiques de référence en RDC.

«Enterrer définitivement un spécimen zoologique rare peut signifier la perte irréversible d’une source précieuse d’informations scientifiques. Le conserver, l’étudier et le valoriser dans le respect des normes sanitaires peut, au contraire, transformer un événement malheureux en une opportunité majeure pour la science, l’éducation et la connaissance de la biodiversité congolaise», a-t-il conclu.

ACP/N.

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