Trois questions au directeur du Programme national d’élimination de la lèpre en RDC

Kinshasa, 11 avril 2023(ACP).- La situation épidémiologique de la lèpre en République démocratique du Congo (RDC), a été abordée, mercredi, par le directeur du Programme national d’élimination de la lèpre (PNEL), le Dr Florent Ngondu, dans une interview exclusive accordée à l’ACP.

La lèpre est une maladie infectieuse chronique due à une bactérie appelée « bacille Mycobacterium leprae ». Cette affection touche principalement la peau, les nerfs, les membres et les yeux. Un traitement précoce permet d’éviter les séquelles.

Question1: Monsieur le directeur du Programme national d’élimination de la lèpre, pouvez-vous nous  présenter la situation épidémiologique de la lèpre en RDC ainsi que les provinces les plus touchées ?

Dr Florent Ngondu: En 2021, notre pays a dépisté 4.148 (quatre mille cent quarante-huit) cas de lèpre. Parmi ces cas, plus de 10% sont des enfants et aussi plus de 10% ont des infirmités visibles. Quand on interprète ces deux indicateurs, ça voudrait dire qu’il  y a encore des foyers actifs au niveau de nos provinces et que le dépistage se fait de façon tardive,  parce qu’il y a des infirmités qui sont visibles.

En ce qui concerne les provinces les plus touchées, il faudrait dire que la lèpre est partout en RDC, mais à des degrés divers. Nous avons 11 provinces qui donnent un grand nombre de malades. Plus de 50% de nouveaux cas proviennent de 11 provinces que sont le Tanganyika,  la Tshopo, la Tshuapa,  le Haut-Katanga, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé, l’Equateur, le Maï-Ndombe, le Sankuru, le Nord-Ubangi et le Kasaï. Mais dans les autres provinces, il y a effectivement des cas de lèpre.

Question 2 : Quelles sont les difficultés qui entravent la lutte contre la lèpre, le fonctionnement du programme et la prise en charge de cette maladie ?

Dr Florent Ngondu : Nous avons beaucoup de difficultés. La plus grande difficulté est liée au financement de cette lutte qui est beaucoup tourné vers l’extérieur, c’est-à-dire que ce sont les ONG Internationales qui appuient la lutte contre la lèpre en RDC. Le gouvernement nous octroie les salaires et les primes, mais nous voulons qu’il puisse faire encore beaucoup d’efforts dans l’investissement pour que nous puissions accompagner les provinces qui demeurent encore endémiques. Ce qui nous permettra d’arriver aux échéances qui nous attendent, surtout en 2030, année au cours de laquelle nous devons arriver à zéro cas de lèpre, zéro infirmité, zéro stigmatisation.

Il faudrait vraiment  des moyens pour qu’on y arrive parce que nous avons des poches des malades qui sont cachés.  Nous devons, avec les moyens nécessaires, aller chercher les malades pour les traiter parce que les médicaments, nous en avons. Nous donnons des médicaments gratuitement à tous les malades et il y a des malades qui nous manquent. Nous, c’est-à-dire, la communauté et les personnels de santé, devons conjuguer des efforts pour que nous puissions aller de l’avant.

Question 3 : Quelles sont les défis et les perspectives pour mettre fin à la lèpre comme problème de santé publique en RDC ?

Dr Florent Ngondu: Parlant des perspectives, nous voulons d’abord réduire l’ampleur de la lèpre au niveau périphérique, c.à.d. au niveau des zones de santé et des aires de santé qui demeurent encore endémiques en faisant des muni campagnes d’élimination de la lèpre en dehors de la routine. Nous voulons également rechercher les poches des malades cachés et aussi faire l’examen de leurs contacts, c’est-à-dire autour de chaque nouveau cas nous voulons aussi examiner son entourage,  et si on peut trouver un nouveau malade, on le traite et puis on avance.

Nous cherchons à mobiliser les fonds pour appuyer notre plan stratégique afin que nous puissions arriver à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

Concernant les défis, ce qui fait peur dans la lèpre, ce sont des infirmités visibles. Nous voulons prévenir ces infirmités et aussi voir comment on peut adapter physiquement ces malades qui présentent des infirmités, d’abord par un dépistage précoce. Par le dépistage précoce, la personne peut connaitre la maladie dont elle souffre. Nous devons passer les messages au niveau de la communauté pour dire qu’une tâche claire sur la peau constitue un motif de consultation médicale. Au niveau du centre de santé, on va vous examiner, et si c’est la lèpre on vous donne les médicaments et vous guérissez.

En bref, la lèpre existe encore en RDC qui est parmi les pays qui ont une charge importante de cette maladie. Une mobilisation de tous est nécessaire, c’est-à-dire le gouvernement, les partenaires qui nous appuient les personnels de santé et la communauté, nous devons nous mettre ensemble pour que nous puissions arriver à zéro cas de lèpre, zéro infirmité et zéro stigmatisation.

Nous avons 26 provinces, mais il y a 27 coordinations qui s’occupent de la lèpre et de la tuberculose parce que le Kongo Central a deux coordinations. (Propos recueillis par Déborah LUSAMBA)

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