Kinshasa, 15 septembre 2026 (Hémicycle).- Alors que le football congolais sort renforcé d’un Mondial 2026 très réussi, une bataille de gouvernance d’arrière-garde revient parasiter l’élan retrouvé. Écarté de la course à la présidence de la FECOFA, Rainier-Patrice Mangenda tente désormais de remettre en cause devant le Tribunal arbitral du sport l’élection de Véron Mosengo-Omba et de sa liste. Mais derrière les titres alarmistes et les lectures approximatives de la procédure, une réalité demeure : le recours est loin de signifier que le scrutin est menacé, encore moins qu’une annulation serait imminente !
Décidément, sur la planète football, les exploits sportifs ne suffisent jamais longtemps à faire oublier les batailles de pouvoir. La RDC vient pourtant de vivre un été comme elle n’en avait plus connu depuis un demi-siècle. Cinquante-deux ans après sa dernière participation à une Coupe du monde, les Léopards ont réussi leur retour parmi les grands, franchissant le premier tour avant de faire trembler l’Angleterre en seizièmes de finale. Une performance qui a redonné au football congolais de la visibilité, de l’ambition et même une nouvelle attractivité auprès des joueurs d’origine congolaise évoluant en Europe. C’est précisément au moment où la FECOFA pourrait capitaliser sur cet élan qu’une bataille électorale revient sur le devant de la scène…
Un candidat malheureux qui tente désespérément de revenir
Rainier-Patrice Mangenda Suku Swa, candidat malheureux à la présidence de la Fédération, entend aujourd’hui contester devant le Tribunal arbitral du sport l’élection de Véron Mosengo-Omba, élu le 20 mai dernier par 60 voix sur 65. Depuis quelques jours, certains articles présentent même l’affaire comme une menace imminente sur la nouvelle direction de la FECOFA. À les lire, la Fédération aurait quarante-huit heures pour payer, sous peine de voir le TAS trancher contre elle « par défaut ». Le scénario est spectaculaire. Il est surtout très éloigné de la réalité de la procédure, digne d’un film d’Hollywood.
Car avant de parler de Lausanne, encore faut-il revenir à Kinshasa. Mangenda n’a pas été empêché de concourir par une décision politique tombée du ciel. Sa candidature faisait partie des dossiers déclarés « irrecevables » par la Commission électorale, notamment au regard des règles de composition des listes et de représentation féminine prévues par les textes. Il a contesté cette décision devant la Commission de recours électoral. Son recours a été examiné puis rejeté au fond dans les règles de l’art. Autrement dit, le processus électoral a suivi son cours. Les voies de recours internes ont fonctionné. Elles n’ont pas donné raison à Mangenda. L’élection s’est ensuite tenue et Véron Mosengo-Omba a été très largement élu.
Un recours n’est pas une victoire…
Reste donc le TAS. Mangenda a parfaitement le droit de saisir la juridiction sportive internationale et de tenter d’obtenir l’annulation du scrutin. Mais un recours n’est pas une victoire, encore moins une annulation automatique. C’est ici qu’une partie du récit médiatique de l’entourage de Mangenda devient pour le moins approximative. Non, le refus de la FECOFA de participer à l’avance de frais ne conduit pas à une « condamnation par défaut ». Le règlement du TAS prévoit simplement que, si l’une des parties ne verse pas sa part, l’autre peut être appelée à avancer l’intégralité de la provision si elle souhaite que la procédure se poursuive. En clair : si Mangenda veut aller jusqu’au bout, il pourra devoir payer lui-même… Ni plus, ni moins. Le désaccord peut également avoir une incidence sur la composition de la formation arbitrale — un arbitre plutôt que trois — mais certainement pas sur le fond de l’affaire. Refuser d’avancer des frais ne signifie ni reconnaître les accusations du requérant, ni renoncer à défendre l’élection, encore moins offrir sur un plateau la présidence de la FECOFA à celui qui la conteste. Comme le résume la note consacrée au dossier : « pas de défaut » ; l’arbitrage peut se poursuivre normalement si l’appelant assume l’avance nécessaire.
Une énergie qui pourrait être dépensée ailleurs !
Il appartiendra ensuite au TAS de déterminer ce qui relève véritablement d’une irrégularité susceptible d’affecter le scrutin et ce qui relève simplement d’une tentative de rejouer, plusieurs mois plus tard, un match électoral déjà perdu. Le paradoxe est finalement là. Au moment où les performances des Léopards permettent à la RDC de regarder de nouveau vers le haut, le football congolais risque encore de consacrer une partie de son énergie à ses querelles institutionnelles. Mangenda est libre de contester. Le TAS est là pour juger. Mais transformer une question d’avance de frais en menace d’annulation imminente relève moins de l’information que de la dramatisation. Le football congolais a suffisamment de défis devant lui. Il n’a pas besoin qu’on lui invente une crise supplémentaire.
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