La paix mondiale est-elle possible? (Une tribune dominicale de Julien Paluku)

Kinshasa, 28 décembre 2025 (ACP)-La question de la paix mondiale est sans doute le plus grand défi de l’humanité. C’est un débat qui oscille entre l’idéalisme (la paix est possible par la volonté) et le réalisme (le conflit est inhérent à la nature humaine ou aux structures de pouvoir).

Philosophiquement, deux écoles s’affrontent : 1. Les réalistes : Comme Thomas Hobbes, ils pensent que « l’homme est un loup pour l’homme ». Pour eux, la paix n’est qu’un intervalle entre deux guerres, et la sécurité ne s’obtient que par la force ou la dissuasion (le fameux « Si vis pacem, para bellum » : si tu veux la paix, prépare la guerre). 2. Les idéalistes : Comme Emmanuel Kant, ils croient en une « Paix perpétuelle » garantie par le droit international, le commerce (qui rend la guerre trop coûteuse) et la démocratie.  

L’histoire montre que si la paix totale est rare, des régions entières (comme l’Union Européenne après des siècles de conflits) ont réussi à rendre la guerre « impensable ». La voie n’est donc pas impossible, mais elle est fragile. Le dilemme des usines d’armement se pose. C’est ici que l’économie s’oppose à la morale. L’industrie de l’armement est un pilier de l’économie mondiale.

Ce secteur pèse des milliers de milliards de dollars et emploie des millions de personnes. Pour beaucoup d’États, produire des armes est une garantie de souveraineté et un levier d’influence diplomatique.

Dans un scénario de paix totale, deux options se présenteraient : ●La reconversion industrielle : Les technologies militaires sont souvent à la pointe. Ces usines pourraient être converties vers le secteur spatial, la cybersécurité civile ou les énergies renouvelables. ●L’obsolescence : Comme toute industrie qui n’a plus de marché, elles déclineraient. Cependant, le monde n’a jamais connu de période sans besoin de « force publique » (police, maintien de l’ordre), donc une production minimale subsisterait probablement.

Les obstacles majeurs à la paix mondiale sont perceptibles. ●Si la paix stagne, c’est à cause de plusieurs facteurs structurels : Le déséquilibre des ressources. Comme je l’ai souvent souligné pour la RDC, la convoitise pour les matières premières est un moteur majeur de conflit. ●La méfiance mutuelle : C’est le « dilemme de sécurité ».

Si mon voisin s’arme pour se défendre, je me sens menacé et je m’arme aussi, créant un cercle vicieux. 8. L’absence d’un arbitre mondial fort rend le conflit inévitable : L’ONU, bien qu’existante, manque de pouvoir de coercition face aux grandes puissances.

Mais l’histoire nous offre des exemples fascinants de pays qui ont dû pivoter radicalement d’une économie de guerre vers une économie de paix. On appelle cela la conversion ou la reconversion industrielle. Le cas de l’Allemagne et du Japon après 1945 est l’exemple le plus spectaculaire. Après la Seconde Guerre mondiale, ces deux puissances militaires ont été interdites de posséder une armée offensive. Leurs usines de chars, d’avions et de munitions ont été reconverties en usines de voitures, de machines-outils et d’électronique. ​Le résultat : Des entreprises comme Volkswagen, Mitsubishi ou Siemens ont utilisé leur savoir-faire technologique militaire pour dominer le marché civil mondial. En moins de 30 ans, ils sont devenus des géants économiques sans tirer un seul coup de feu. Le Costa Rica : ​En 1948, le Costa Rica a pris une décision unique au monde : abolir purement et simplement son armée. ​L’argent qui était auparavant alloué à l’achat d’armes et à l’entretien des casernes a été massivement réorienté vers l’éducation et la santé. ​Le résultat : Aujourd’hui, c’est l’un des pays les plus stables et les plus alphabétisés d’Amérique latine.  

Mais, tant que les inégalités seront criantes et que le profit économique passera avant la dignité humaine, la paix restera un mirage. Elle commence là où la justice sociale s’installe. En attendant, on s’arme ou pas? Paix de Noël2025 et du Nouvel an.

 ACP/C.L.

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